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SPEECH/02/552

Viviane REDING

Membre de la Commission européenne responsable de l'Education et de la Culture

Intensifier le dialogue entre le sport et politique en Europe

11ème Forum européen du Sport

Copenhague, 7 novembre 2002

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Secrétaire d'Etat,

Monsieur le Président des Comités Olympiques européens,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Cette année encore, nous nous rencontrons à l'occasion du forum européen du sport. Ce rendez-vous annuel, autrefois confidentiel, est devenu incontournable pour tous ceux qui jouent un rôle dans le sport européen. C'est pourquoi je me réjouis d'être à nouveau parmi vous.

Permettez-moi tout d'abord de remercier nos hôtes danois et en particulier M. le Ministre MIKKELSEN pour la qualité de l'organisation et la chaleur d'accueil.

Le Danemark, Monsieur le Ministre, est un pays de tradition sportive. Et je sais que de très nombreux citoyens danois sont partie prenante dans cette tradition. Le bénévolat, le volontariat ne sont pas chez vous de vains mots. Le tissu sportif danois repose sur ces notions, qui recouvrent une énorme masse de bonnes volontés et de dévouements individuels. En un sens, ce qui se passe au Danemark illustre parfaitement les valeurs que je souhaite promouvoir : celles d'un sport créateur de lien social, vecteur de solidarité et source de plaisir au quotidien; un sport ancré dans la société, bénéficiant d'une véritable assise populaire.

Monsieur le Ministre, ce n'est pas un hasard si, durant cette présidence, vous avez placé la défense et la promotion du volontariat au premier rang de vos priorités politiques. Vous avez travaillé avec conviction sur un projet de déclaration qui sera discuté lors de la prochaine réunion des ministres à Aahrus les 21 et 22 novembre 2002 . En tant que Commissaire européenne chargée des sports, je ne peux que vous soutenir pleinement dans cette initiative. Elle se situe, me semble-t-il, en droite ligne de la philosophie de la Commission en matière sportive, tout comme de celle du Conseil telle qu'elle a été affirmée au Conseil européen de Nice.

Nos réflexions sur le sport ont cette année un relief particulier car elles se situent dans la perspective d'un certain nombre d'autres réflexions majeures qui sont conduites dans d'autres enceintes. L'Europe, vous le savez, réfléchit à son avenir. Et quand je dis l'Europe, je parle non seulement des institutions européennes mais de toutes les forces qui la composent, Etats et pouvoirs publics en général, partenaires du secteur industriel et commercial, société civile et, bien sûr, organisations sportives.Cette réflexion, tout en étant ouverte à tous les apports, se veut organisée, et c'est là le rôle majeur de la « Convention », dont les travaux sont régulièrement commentés à travers l'Europe. Cette convention, présidée par M. Valery Giscard d'Estaing, a pour but de proposer, pour l'Union européenne, des structures et un cadre adaptés aux évolutions du monde, aux besoins des citoyens européens, et au développement futur de l'Union européenne. Créée à l'issue du Conseil européen de Laeken, en décembre 2001, elle constitue une innovation dans nos méthodes de travail. Elle rassemble en effet des représentants des gouvernements, des parlements nationaux, du Parlement européen et de la Commission européenne. A son terme, courant 2003, La Convention présentera ses propositions au Conseil européen qui réunit régulièrement les chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres de l'Union. La prochaine Conférence intergouvernementale travaillera sur cette base.

Beaucoup de ce qui touche à notre avenir, dans toutes ses composantes et notamment dans celle de nos pôles d'intérêt quotidiens, se discute en ce moment, et se discutera, dans le cadre de cette convention. Nous devons donc y être particulièrement attentifs et agir, chacun à notre niveau, pour faire en sorte que le résultat de cette réflexion corresponde à une Europe dans laquelle tous les citoyens puissent se reconnaître.

Je suis personnellement persuadée que le sport a un rôle à jouer dans la nouvelle Europe qui se dessine. Le sport constitue un outil de citoyenneté active et de participation. De plus, il intéresse et touche une large majorité d'Européens, toutes classes d'âge, toutes catégories professionnelles ou socio-culturelles confondues. Il a un impact médiatique mais aussi social et économique majeur. Dès lors, comment concevoir une Europe plus proche des citoyens, dont le sport serait absent ?

Le cadre général de nos réflexions, c'est aussi l'élargissement de l'Union européenne et la réforme des institutions communautaires. Ces deux immenses chantiers auront nécessairement un impact sur le sport. L'élargissement ? Vous le savez, la Commission vient de recommander la conclusion des négociations d'adhésion avec 10 pays candidats. Romano PRODI déclarait à cette occasion que "Le projet historique d'unification de notre continent pour assurer la paix, la stabilité et la démocratie en Europe est à notre portée" et d'ajouter : "Le Conseil européen, j'en suis convaincu, approuvera nos recommandations et ouvrira ainsi la voie à la conclusion des négociations à la fin de cette année".

A mon sens, cet élargissement constitue une "bonne nouvelle" pour les amis du sport européen et je profite de l'occasion qui m'est donnée ici pour saluer la présence des Ministres et des représentants sportifs des pays candidats -une présence qui confirme tout l'intérêt que ces pays portent à l'Europe du Sport.

Ce sont de grandes nations sportives qui vont ainsi rejoindre l'Union européenne, et avec elles un important patrimoine sportif, une véritable culture sportive. Je pense, mais c'est une anecdote, aux trois médailles d'or "mythiques" d'Emil ZATOPEK aux Jeux Olympiques d'Helskinki en 1952. Pour demain, avec l'élargissement, ce sont de très nombreux sportifs de grande qualité qui pourront pleinement bénéficier, et sans ambiguité, des règles de libre circulation en vigueur dans la communauté.

2003 sera une année-clé dans cette préparation à l'élargissement et je peux dès aujourd'hui formuler un souhait personnel pour l'an prochain : notre prochain forum, qui se déroulera sous présidence italienne, pourrait avoir l'élargissement comme fil conducteur. Tout doit être fait pour que l'accueil de nos nouveaux partenaires se fasse dans des conditions optimales et je mettrai tout en œuvre, à mon niveau, pour y arriver.

Un autre sujet d'actualité me tient particulièrement à cœur. Il s'agit du dialogue interculturel qui prend d'ailleurs une importance particulière dans la perspective de l'élargissement. Le sport doit être un instrument majeur au service de la meilleure compréhension entre cultures. Il doit soutenir nos efforts d'intégration dans nos sociétés tout comme notre souci de mieux faire connaître et partager les richesses de nos différentes cultures. Et je sais qu'au Danemark, je parle à un public acquis à cette cause. C'est d'ailleurs dans une œuvre danoise, sous la plume de Karen BLIXEN, que j'ai lu quelques-unes des plus belles pages qu'il m'ait été donné de lire sur la tolérance, sur l'ouverture à l'autre et à d'autres cultures, sur la compréhension mutuelle.

Voilà pour le contexte. Maintenant le bilan : où en sommes-nous aujourd'hui, que retenir de l'année 2002 ?

L'année européenne de l'éducation par le sport tout d'abord.

Je vous avais présenté cette initiative l'an passé et j'avais été particulièrement heureuse de l'accueil que vous lui aviez réservé. En 2002, la procédure d'adoption formelle de la proposition a suivi son cours. A tous les niveaux Parlement européen, Conseil, Comité des régions, Comité économique et social-, les signaux ont été très positifs. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière ligne droite et j'ai bon espoir de voir la procédure achevée avant la fin de l'année.

Je ne peux que répéter ce que j'ai dit devant le Parlement européen le 13 mai dernier « j'ai vraiment l'impression d'approcher du but et d'avoir engagé concrètement un processus qui va nous mener à quelque chose de grand et d'important pour nos sociétés, mais aussi et surtout pour les jeunes dans cette société. » Je ne retire rien de cette formule car l'enjeu est majeur. Nous avons l'occasion en 2004 de faire un grand pas en avant en ce qui concerne la promotion du sport et de ses valeurs éducatives.

L'action « sport école valeurs de l'olympisme » constitue aussi une avancée. Vous vous souvenez que j'avais signé l'année dernière, au nom de la Commission européenne, une convention avec M. ROGGE, président du CIO. Il s'agissait de favoriser le sport, et la promotion des valeurs éthiques et citoyennes du sport dans les écoles. Et bien, ce projet aussi a fait son chemin. Il a été "testé" pendant l'année scolaire 2001-2002 dans quelque 6000 écoles d'Italie, des Pays-Bas et de France. L'évaluation qui en a été faite est très positive. Et je compte sur vous pour m'aider à étendre, à partir de l'an prochain, cette opération à tous les Etats membres. Voilà une action concrète de promotion du sport à l'école.

Nous avons aussi continué à soutenir des projets présentés par des organisations sportives et des autorités publiques.

5 M€ ont été consacrés l'an passé à la lutte anti-dopage. Cette année, 5 M€ seront à nouveau consacrés à des projets de lutte contre le dopage mais aussi à des projets visant à mieux promouvoir le sport chez les jeunes.

La Commission avait envisagé de mettre sur pied un programme de lutte contre le dopage. Celui-ci a pour l'instant été reporté, pour des raisons d'arbitrages budgétaires. Cependant, nous consentons des efforts importants à un combat qui reste pour nous prioritaire. Et nous sommes prêts, comme nous l'avons prouvé, à soutenir tous ceux dont la volonté est d'avancer dans ce combat. Nous avons d'ailleurs engagé dans ce domaine d'excellentes collaborations avec les pays candidats ainsi qu'avec l'espace euroméditérranéen car le dopage est un phénomène international et ne saurait être réduit à l'espace communautaire.

Enfin, avec mes collègues, les commissaires Mario MONTI et Anna DIAMANTOPOULOU entre autres, nous avons continué à travailler sur la dimension "horizontale" du sport dans les politiques communautaires : libre circulation des sportifs, règles de concurrence, audiovisuel, mais aussi politique sociale, développement régional, environnement -je pense par exemple aux décisions (positives sous l'angle de l'environnement et du patrimoine culturel) qui ont été prises dans les choix d'aménagement du site de Marathon-Schinias pour les Jeux d'Athènes en 2004.

Depuis un an, un certain nombre de décisions ont été adoptées, qui ont toujours pris en compte la "spécificité" du sport -telle que mise en évidence dans la déclaration de Nice. Je mentionnerai par exemple la clôture de l'enquête concernant la règle de l'UEFA relative à la multipropriété des clubs de football, ou notre position favorable à la nouvelle politique de l'UEFA en matière de commercialisation des droits médiatiques sur la ligue des champions, et je pourrais multiplier les exemples. Dans tous les cas, l'application du droit communautaire a contribué au processus de modernisation des réglementations sportives.

Je voudrais à ce propos vous lancer un message. L'arrêt Bosman et les décisions de la Cour de Justice qui ont suivi nous ont permis de régler les questions de libre circulation des sportifs professionnels. Les règles sont désormais claires et donnent à ces sportifs des droits et des obligations équivalentes à ceux des autres travailleurs.

Mais beaucoup reste à faire en ce qui concerne les sportifs amateurs. La Commission est de plus en plus souvent saisie de courriers ou de plaintes portant sur des obstacles rencontrés par des sportifs amateurs, souvent des jeunes sportifs, dans la pratique de leur sport. Des critères de nationalité subsistent et des règles étonnantes rendent difficile, ou impossible, le changement de club ou, tout simplement, la pratique de sa discipline sportive dans un autre Etat. Imaginez un étudiant, qui bénéficie d'une bourse Erasmus -donc d'un soutien de l'Europe- pour faire un an d'études dans un autre pays que le sien mais qui ne peut, dans ce pays, continuer à pratiquer son sport !

L'importance de ce sujet en termes de citoyenneté m'amène à lancer un appel solennel aux Etats membres et aux fédérations sportives afin qu'ils analysent ce problème et qu'ils prennent les mesures appropriées pour mettre fin à ces pratiques. Je crois que nos compatriotes attendent de nous tous la création d'un véritable espace européen de liberté et il serait difficile d'expliquer que l'Europe des citoyens nous permet d'être élu dans une commune d'un autre Etat membre mais ne permet pas d'y pratiquer son sport de prédilection !

La réponse vous appartient dans une large mesure.

C'est aussi à vous que reviendra, dans quelques instants, la mission d'animer ce forum dont l'intérêt et la richesse, vous le savez, résident essentiellement dans le dialogue et le travail des ateliers.

Trois thèmes sont à l'ordre du jour -l'Année européenne de l'éducation par le Sport; le volontariat; la prise en compte du sport dans les politiques communautaires.

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais ouvrir ce forum par 2 mots-clés : participation et solidarité. Le monde sportif doit participer à la marche en avant de la Communauté comme il doit rester uni. Si la solidarité entre toutes les composantes du sport est assurée, et si le sport se tourne résolument vers l'avenir (comme il le fait déjà très largement), alors, nous pourrons construire de grandes choses ensemble.

Le sport a un potentiel énorme. Il a un rôle important à jouer dans le domaine du dialogue interculturel. C'est un facteur de solidarité sociale et de citoyenneté active. C'est à ce niveau que je vois la réelle plus-value de notre action communautaire dans ce domaine.

Je vous souhaite bon travail.

Merci de votre attention.


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