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Mme Viviane Reding Membre de la Commission européenne responsable de l'Education et de la Culture Quelles priorités pour la politique européenne du sport ? Xème Forum européen du Sport Bruxelles, le 17 octobre 2001

Commission Européenne - SPEECH/01/465   17/10/2001

Autres langues disponibles: aucune

SPEECH/01/465

Mme Viviane Reding

Membre de la Commission européenne responsable de l'Education et de la Culture

Quelles priorités pour la politique européenne du sport ?

Xème Forum européen du Sport

Bruxelles, le 17 octobre 2001

Madame et Messieurs les ministres et secrétaires d'Etat,

Monsieur le Président du Comité Olympique International,

Chers amis et amies sportifs,

Selon les règles de bonne éducation, on se doit d'offrir un cadeau à l'occasion d'un anniversaire. Le Forum européen fêtant son dixième anniversaire, la Commission tient à vous faire cadeau d'une proposition de décision du Parlement et du Conseil afin d'établir 2004, Année européenne de l'éducation par le sport.

Cette décision témoigne de la volonté de la Commission de mieux intégrer le sport dans les différentes politiques et actions communautaires. Le choix de 2004 n'est pas innocent. C'est l'Olympiade, c'est l'année des Jeux Olympiques à Athènes, le berceau d'un mouvement dont la vocation est de favoriser la paix et l'amitié entre les peuples. C'est aussi une bonne occasion de rappeler qu'à côté des aspects haute-compétition, le sport a une dimension éducative qu'il convient de ne pas oublier et qu'il faut au contraire mettre en avant.

Dans la Grèce ancienne, le déroulement des Jeux impliquait la trêve olympique. Les Jeux étaient porteurs de paix et de détente. Aujourd'hui, plus que jamais, il importe de renouveler le message de paix et de dialogue entre les peuples, entre les personnes, que le sport représente. Plus que jamais, le sport doit contribuer au dialogue entre les cultures et les civilisations. L'activité physique, la compétition sportive doit être un terrain d'entente, un dénominateur commun qui contribue au dialogue, qui aide à diminuer la tension qui règne aujourd'hui sur notre planète. Le Conseil européen avait déjà souligné cet aspect important du sport à Nice.

Salt Lake City en 2002, Athènes en 2004 et Torino en 2006 doivent contribuer à favoriser la rencontre en paix de la jeunesse mondiale à la recherche d'une victoire par le dépassement de soi.

Revenons à notre Année de l'éducation par le sport. Toutes les institutions communautaires et les Etats membres reconnaissent les valeurs éducatives de l'activité physique et sportive. Dans une société devenue de plus en plus sédentaire le sport peut constituer un excellent remède qu'il convient d'encourager.

De plus, le sport véhicule des valeurs et des enseignements très utiles pour la vie en société - le travail en équipe, le respect des règles, le concept de victoire et de défaite -, renforçant ainsi l'éducation parallèle (ou encore éducation informelle) des jeunes et des citoyens. Des valeurs de société qui semblent un peu oubliées mais qu'il convient de stimuler.

C'est pourquoi je lance dès maintenant un appel solennel aux organisations sportives et éducatives en Europe à mieux se connaître, à mieux travailler ensemble de sorte que les valeurs éducatives du sport puissent renforcer le travail pédagogique de nos écoles. Si, à la fin de 2004 nous avons été capables d'éveiller la société européenne aux vraies valeurs du sport ainsi que de créer un vaste réseau de partenariat national et européen entre le monde du sport et le monde de l'éducation, je crois qu'alors les objectifs de l'Année européenne auront été atteints.

La proposition de déclarer 2004 Année européenne de l'éducation par le sport répond à plusieurs invitations faites à la Commission par le Conseil des ministres de la jeunesse afin de mieux profiter des valeurs du sport; par le Parlement européen, qui avait souhaité une année européenne du sport; ainsi que par le Conseil européen de Nice, invitant les institutions à mieux tenir compte des valeurs véhiculées par le sport dans la mise en œuvre des politiques communautaires.

Cette proposition prouve que la Commission a été sensible au contenu de la Déclaration adoptée par nos Chefs d'Etat et de Gouvernement et, qui plus est, elle n'est pas une action isolée, mais s'insère dans le cadre d'une action concertée.

La manière dont le dossier des transferts a été résolu, la solution trouvée pour les aides publiques dans le domaine de la formation ou l'acceptation, sous certaines conditions, de mécanismes de gestion collective des droits de télévision pour assurer une plus grande cohésion prouvent que la Commission reconnaît certaines conditions spécifiques à l'organisation du sport.

S'agissant de la dimension sociale, je crois que le financement de trois projets pilotes de l'Agence mondiale antidopage, de même que la mise en route des actions pilotes pour diffuser les idéaux olympiques dans les écoles et maintenant la proposition de l'Année 2004 témoignent également de notre reconnaissance de la dimension sociale de l'activité sportive.

Mais la Déclaration de Nice ne s'adresse pas seulement à la Commission, elle concerne aussi tous les acteurs du sport: les organisations sportives et les Etats membres.

Quels progrès, par exemple, ont été accomplis en matière de démocratie interne et de meilleure gestion des organisations sportives ? De quelle manière les Etats membres envisagent-ils de protéger l'autonomie des organisations sportives ou de renforcer le bénévolat? Il s'agit aussi des invitations contenues dans la Déclaration.

En ce qui concerne les organisations sportives je crois que des séminaires comme celui de la self-governance, organisé par la FIA au mois de février sont positifs. En revanche, je crois que continuer à vouloir désigner l'arrêt Bosman comme la source de tous les problèmes du sport actuel démontre un manque d'imagination de la part de certains, qui ont du mal à assumer la réalité économique et sociale actuelle.

La crédibilité des fédérations sportives ne dépend pas d'actes législatifs ou de décrets, de règlements ou de directives... Elle dépend surtout de leur capacité à se doter de structures permettant d'accueillir en même temps, le sport professionnel - avec des mécanismes autonomes d'organisation adaptés à leurs besoins - ainsi que la promotion sportive avec un renouvellement de l'offre des services offerts aux citoyens. De plus, cet aménagement intérieur se fera en laissant pleinement jouer la concurrence entre les différentes disciplines sportives et avec des nouvelles formules liées à l'activité physique telles que les centres de fitness.

En définitive, la confiance que le public aura à l'égard d'une fédération ne dépendra plus exclusivement d'un encadrement légal, mais aussi de la qualité des services offerts aux clubs et aux athlètes, ainsi que de la réalité de la fonction sociale et de la solidarité que les fédérations doivent assurer.

Cette réflexion sur la Déclaration de Nice m'amène à parler du rôle du sport dans le processus de la construction communautaire. D'après les informations que je possède, les discussions sur le suivi de la déclaration de Nice sous les présidences suédoise et belge, ont essentiellement porté sur la nécessité ou non d'inclure dans le Traité un nouvel article ou d'annexer un protocole au Traité. Cette approche est la conséquence directe de l'arrêt Bosman et de la multiplication des procédures juridiques, par exemple en matière de concurrence.

Mais, qu'il y ait un article « sport » ou non dans le Traité, il est clair que les politiques communautaires ont une incidence directe sur le sport. Par conséquent, l'Union devrait avoir une vision d'ensemble sur la nature même du sport et sur son organisation, de même que sur les caractéristiques à préserver ou à faire évoluer.

Le Sommet européen de Laeken en décembre doit être le point de départ d'une nouvelle conférence intergouvernementale qui doit se pencher sur la raison d'être de l'Union et sur la manière dont les compétences entre l'Union et les Etats doivent être organisées. Il est clair que la discussion doit aussi porter sur le rôle du sport, notamment parce que ce secteur concerne un tissu social parfaitement organisé au sein de l'Union.

Personnellement, je peux largement partager le point de vue exprimé par le Premier ministre belge lors d'une conférence sur l'avenir de l'Union. Monsieur VERHOFSTADT avait signalé à cette occasion que tout en respectant, plus encore que dans d'autres secteurs, le principe de la subsidiarité, il est évident qu'il existe une dimension communautaire de l'éducation, de la culture, de la jeunesse et du sport, et qu'il importe de bien définir.

Dès lors, je crois que le sport a complètement sa place dans la réflexion. Il ne peut pas être le grand absent du débat communautaire. Je crois que ceci doit constituer un message fort à l'intention de toutes les parties prenantes à ce débat.

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi de quitter maintenant le domaine institutionnel pour parler de questions plus directes. Tout d'abord le dopage, et la lutte contre le dopage. J'aimerais faire appel à vous pour que nous trouvions ensemble une nouvelle approche plus efficace pour combattre ce fléau qui continue à ternir l'image du sport et que vous avez signalé, Monsieur le Président, comme étant votre première préoccupation.

Trois ans après la conférence de Lausanne, le moment semble venu de faire un premier bilan du travail accompli. L'Agence mondiale antidopage existe. C'est un fait très positif. Mais avons-nous vraiment contribué à améliorer la nécessaire entente entre gouvernements et fédérations ? Nous sommes-nous réellement attaqués aux causes réelles qui sont à l'origine de l'augmentation du dopage?

Force est de constater que le dopage n'est plus le résultat de la seule action individuelle de l'athlète, mais d'un système organisé, incitant les acteurs sportifs - clubs et athlètes - à répondre aux énormes attentes économiques du sport actuel. Vouloir limiter la lutte contre le dopage à la simple répression individuelle ne mènera nulle part.

J'envisage dès lors de lancer deux initiatives concrètes:

Une première vise à proposer un Programme communautaire de lutte contre le dopage, doté financièrement et permettant d'avancer en Europe sur les différents fronts, de la coordination policière, à l'uniformisation des procédures ou une meilleure coordination de la recherche;

Une deuxième consistera à convoquer au mois de mars prochain, en accord avec le Président Rogge, une réunion entre les ministres du sport des Quinze et une représentation des fédérations sportives pour passer en revue les efforts consentis dans le domaine de l'harmonisation des règles, des procédures et de la coordination entre les gouvernements et les fédérations sportives.

L'Europe reste le continent qui agit le plus dans le domaine du dopage. Elle doit maintenant se donner les moyens d'être encore plus efficace dans son action. A titre d'exemple, l'Europe est le seul continent à organiser régulièrement des compétitions de clubs. Nous avons par consequent besoin de plus de moyens que les autres afin d'avancer de manière coordonnée.

Cela implique une forte volonté politique des gouvernements et une coopération loyale des fédérations. Le résultat de ce travail, je crois, nous permettra, en accord et en collaboration avec d'autres régions du monde moins expérimentées, d'illustrer notre volonté de partenariat loyal. Au regard de ce qui précède on peut espérer mener au sein de l'Agence mondiale antidopage un travail pro-actif.

Je suis particulièrement satisfaite du fait que la contribution du sport à l'économie sociale figure parmi les sujets de ce Forum. Le sport joue déjà un grand rôle en matière d'emploi et de prospérité économique. Il peut également contribuer à développer les activités sociales et créer ainsi de nouvelles perspectives de travail. J'espère que les résultats de ce groupe de travail nous permettront de mieux identifier les domaines de l'activité communautaire susceptibles d'intégrer davantage le travail des organisations sportives.

Est-il encore nécessaire d'ajouter que le sport contribue à lutter contre différentes formes d'inégalité? Plus que jamais il importe que l'activité physique contribue à une société plus égale. Et dans ce domaine, je suis ravie que pour la première fois le sport pour les personnes handicapées soit largement représenté. Par ailleurs il est important de constater que ce secteur puisse, non seulement discuter de ses problèmes spécifiques, mais aussi contribuer à la réflexion commune sur les grands sujets concernant le sport européen.

Concrètement, j'espère une grande contribution du sport à la réussite de l'Année européenne pour les personnes handicapées en 2003; du même, j'espère que la contribution communautaire aux Special Olympics de 2003 donnera des résultats tangibles et permettra de vérifier la pertinence de la présence communautaire dans ce type d'activités.

Avant de conclure, une réflexion sur la place du sport européen dans le concert international. Ma présence au conseil de Fondation de l'Agence mondiale antidopage m'a permis de constater que le message de l'Europe est parfois mal reçu. Pour redresser cette situation, je crois que le sport européen doit revoir la manière comme il travaille avec les autres continents et nous, les pouvoirs publics, nous devons soutenir les organisations européennes pour une présence pro-active dans d'autres régions. Je suis préoccupée quand j'écoute certain dirigeants parler des organisations européennes en des termes péjoratifs, les accusant d'exploiter le talent national et de l'attirer en Europe, parfois dans de pénibles conditions. Je crois que nous devons renforcer notre présence dans d'autres parties du monde, et rester à l'écoute des problèmes des autres tout en soulignant les valeurs positives que le sport peut diffuser dans le tissu social d'un pays.

Mesdames, Messieurs

Dix années se sont écoulées depuis la création en novembre de 1991 du premier Forum. Une décennie plus tard,, nous en sommes à refuser de nombreuses demandes de participation à notre Forum annuel. Maintenant que les « benchmarking » sont à la mode, voilà une preuve de la réussite de l'action entamée à l'époque par des personnes taxées de visionnaires, dont vous faites partie, cher Président Rogge. Il y avait en effet à l'époque un besoin de mobilisation pour faire face à des problèmes qui allaient s'avérer de plus en plus difficiles et lourds.

Il est vrai que tous les problèmes n'ont pas été résolus et que certains persistent, voire s'accroissent, mais cela est un signe de vitalité. Pourquoi ces problèmes ? L'énorme élan économique qui secoue le sport depuis vingt ans a aussi frappé les fondements d'une certaine vision du sport et les organisations sportives sont à la recherche de nouveaux signes d'identité leur permettant de poursuivre leur travail.

Or il n'est pas facile de trouver ces signes, ni de le faire en solitaire. Le sport veut-il emprunter la seule voie économique ? Le sport doit-il renoncer aux avantages de la nouvelle situation économique et sociale ? Comment faire la synthèse ? Ces sont les grandes questions auxquelles il convient de donner une réponse.

Le sport souhaite-t-il revenir sur les idéaux olympiques de la Grèce ancienne ou préfère-t-il progresser vers la voie du panem et circensis des Romains ?

Pour répondre à cette question, il faudra une grande dose d'imagination et une nouvelle génération de dirigeants, capable de conduire le sport vers de nouveaux horizons en combinant croissance et respect des valeurs.

Ceux qui parmi vous - fédérations et gouvernements - n'entameront pas cette réflexion, courront le risque d'être dépassés par les événements et de voir leur avenir en danger. Le futur appartiendra à ceux qui feront l'effort d'une mise à jour et qui ne se limiteront pas à demander des privilèges ou à regretter le temps passé.

Je vous invite à l'optimisme. Je vous invite à faire en sorte que le sport contribue à la stabilité sociale dans la société européenne. Le sport doit véhiculer les valeurs que sont la tolérance, le respect de l'autre, l'égalité des chances pour, in fine, servir la paix mondiale. La Commission, pour sa part, assumera toute sa responsabilité dans ce sens.

Mesdames, Messieurs, je déclare ouverte la dixième édition du Forum européen du sport.


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