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Romano Prodi Président de la Commission européenne 2000-2005: Donner forme à la Nouvelle Europe Parlement européen Strasbourg, le 15 février 2000

European Commission - SPEECH/00/41   15/02/2000

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SPEECH/00/41

Romano Prodi

Président de la Commission européenne

2000-2005: Donner forme à la Nouvelle Europe

Parlement européen

Strasbourg, le 15 février 2000

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Honorables Parlementaires,

Le début du mandat de ma Commission vient à un moment propice : l'aube du troisième millénaire. C'est le moment idéal pour passer en revue les défis et les possibilités qui se trouvent devant nous et faire le point de ce que l'intégration européenne a accompli jusqu'à présent.

Nous sommes d'abord frappés par un paradoxe. D'une part, l'intégration européenne nous a apporté un demi-siècle de paix et de prospérité sans précédent dans l'histoire de notre continent. Avec le lancement de l'euro, le marché intérieur est à présent complètement unifié, ce qui permet à l'UE d'émerger comme une puissance économique mondiale capable de relever avec succès les défis de la globalisation.

D'autre part, les Européens sont désenchantés et inquiets. Le crédit des institutions européennes a été ébranlé. Les citoyens s'impatientent des progrès insuffisants de la lutte contre le chômage. La perspective de l'élargissement partage l'opinion entre espoir et crainte - espoir de stabilité et de progrès, crainte d'une Europe sans identité et sans frontières.

Il ne suffit pas d'évoquer les succès d'hier pour avoir raison du scepticisme et des inquiétudes d'aujourd'hui. Il faut convaincre les Européens de la capacité des concepteurs politiques et décideurs européens d'agir résolument et efficacement. De leur capacité de moderniser l'Europe et de la diriger vers un avenir prometteur.

Cette tâche gagne en urgence et en ampleur avec l'élargissement, désormais en cours. Cet élargissement est indispensable si nous voulons étendre la paix, la stabilité et nos valeurs partagées à l'ensemble du continent. Cependant, selon la façon dont il sera mis en œuvre par nous et par les pays candidats, il peut affaiblir ou, au contraire, renforcer la capacité de l'Europe de prospérer et d'aller de l'avant.

Avant tout, nous devons persuader l'opinion publique de nos États membres de ce que l'élargissement n'est pas simplement une nécessité gênante : c'est une chance historique unique qui est dans notre intérêt politique et économique commun.

Nous sommes confrontés à deux questions : de quoi l'Europe a-t-elle besoin aujourd'hui et de quoi l'Union européenne a-t-elle besoin pour servir l'Europe?

Tout d'abord, l'Europe a besoin d'une croissance vigoureuse et soutenue pour vaincre le chômage et l'exclusion sociale et pour renforcer le poids régional et global de l'Union.

Deuxièmement, elle a besoin de sécurité. La sécurité extérieure doit être obtenue en réduisant les foyers d'agitation et de tension à nos frontières. La sécurité intérieure doit être obtenue en combattant la criminalité, y compris le crime organisé. La criminalité doit être combattue à sa source où l'on trouve souvent le désordre institutionnel, les carences de l'éducation, l'injustice sociale et l'inhumanité des centres villes et des banlieues. La sécurité signifie également la sécurité de l'environnement et de la consommation, notamment alimentaire.

Troisièmement, l'Europe a besoin de sens. Nous Européens, nous sommes les héritiers d'une civilisation profondément enracinée dans nos valeurs religieuses et civiques. Notre civilisation s'enrichit désormais de son ouverture à d'autres cultures. Ce qu'il nous faut à présent, c'est une perspective humaniste. Notre système économique et social doit reconnaître au quotidien et de façon systématique la primauté de la dignité humaine. Il doit garantir à tous les citoyens un accès effectif à la liberté, à l'échange interpersonnel, à la culture et à la vie de l'esprit.

Quatrièmement, l'Europe doit projeter son modèle de société dans le monde. Nous ne sommes pas ici simplement pour défendre nos intérêts. Nous avons une expérience historique unique à offrir, l'expérience de la libération de l'homme des contraintes de la pénurie, de la guerre, de l'oppression et de l'intolérance. Nous avons forgé un modèle de développement et d'intégration continentale démocratique, libéral et solidaire et c'est un modèle qui fonctionne. Un modèle de mise en commun consensuelle des souverainetés dans lequel chacun d'entre nous accepte d'appartenir à une minorité.

Ce n'est pas prétendre à l'impérialisme que de vouloir étendre ces principes et partager notre modèle de société avec les peuples de l'Est et du Sud en quête de paix, de justice et de liberté. En fait, l'Europe doit aller plus loin - elle doit se vouloir puissance civile globale au service du développement soutenable dans le monde. Après tout, ce n'est qu'en garantissant ce développement global soutenable qu'elle aura la véritable assurance de sa sécurité stratégique.

Voilà donc ce dont l'Europe a besoin. Mais de quoi l'Union européenne a-t-elle besoin pour servir l'Europe?

Elle a besoin :

  • de centrer son action sur ses priorités réelles dans la perspective de l'élargissement en se demandant ce qui doit véritablement se faire au niveau européen et ce qui doit être fait par les États membres ou la société civile. Ce centrage nécessite un consensus fort. 

  • du juste policy-mix pour assurer la stabilité de l'euro et soutenir la croissance. Le fondement de cette croissance réside dans la dynamique du marché intérieur, dans une compétitivité accrue et dans un réel effort de promotion de la recherche et de l'innovation. 

  • d'entreprendre de nouvelles actions efficaces pour protéger notre environnement, harmoniser nos systèmes de protection sociale et coordonner nos systèmes fiscaux. La politique fiscale doit renforcer l'UEM, répartir plus équitablement la charge fiscale entre capital et travail et, par-là, conduire à une baisse des taux des prélèvements obligatoires. 

  • de créer un espace européen de justice et de sécurité. Pour défendre notre sécurité et notre liberté, l'Union européenne a besoin d'institutions fortes, efficaces et responsables. Elle a besoin d'un processus de prise de décision fondé sur le triangle d'un Conseil qui reflète les sensibilités nationales et la légitimité du pouvoir mis en commun par des États souverains, d'un Parlement qui garantit la légitimité démocratique au niveau européen et d'une Commission pleinement comptable de ses actes qui inspire et qui gère en agissant toujours dans l'intérêt européen.

La maîtrise de la globalisation signifie qu'il faudra concevoir une nouvelle forme de gouvernance pour gérer l'économie mondiale. Au niveau européen, elle signifiera une intégration européenne plus étroite.

Cette intégration plus étroite entre à présent dans une phase décisive. Jusqu'ici, l'intégration a été un processus essentiellement économique : établissement du marché intérieur, introduction de la monnaie unique. Dorénavant, ce sera un processus de plus en plus politique. Ce n'est pas un choix, c'est une nécessité : l'intégration politique de l'Europe doit aller de pair avec son élargissement géographique. Les nouvelles frontières de cette intégration sont désormais la Justice et les Affaires intérieures, la Politique étrangère et de sécurité commune, la coopération en matière de défense et la question cruciale des valeurs politiques fondamentales. Ces questions touchent au cœur même de la souveraineté nationale et nécessitent un degré de consensus politique encore plus élevé que celui qui a prévalu dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.

La Commission a traduit cette dimension politique en quatre grands engagements, que nous avons dévoilés dans nos objectifs stratégiques pour 2000-2005 :

  • Promouvoir de nouvelles formes de gouvernance européenne,

  • Stabiliser notre continent et renforcer la voix de l'Europe dans le monde

  • Créer un nouvel agenda économique et social, et

  • Une meilleure qualité de vie pour tous. 

Sous la première de ces rubriques, la promotion de nouvelles formes de gouvernance européenne, nous avons annoncé un Livre blanc. Ce Livre blanc fera deux choses. D'une part, il posera des questions fondamentales au sujet des politiques dont nous aurons besoin dans une Union européenne comptant jusqu'à trente membres ainsi que des meilleurs moyens de faire en sorte qu'elles produisent les résultats souhaités. D'autre part, il demandera de quelles institutions nous avons besoin pour le 21e siècle et proposera une nouvelle répartition des tâches entre la Commission, les autres institutions, les États membres et la société civile. Une forme nouvelle et plus démocratique de partenariat entre les différents niveaux de gouvernance en Europe.

Pourquoi pensons-nous qu'une action de cette nature soit nécessaire ? Laissez-moi vous l'expliquer en abordant tout d'abord la question de la révision des politiques.

L'Union européenne s'est développée au fil des années par une sorte de succession géologique de couches: d'abord l'union douanière, puis le marché intérieur et enfin, très récemment, la monnaie unique. Les politiques ont été élaborées en parallèle, à mesure qu'elles devenaient nécessaires et que chaque couche géologique venait se superposer aux autres.

Jusqu'ici, il n'y pas a eu de "plan directeur" global dans le cadre duquel les politiques étaient conçues et coordonnées. Nos tentatives d'intégrer certaines politiques, telles que celle de l'environnement et l'égalité des chances, dans tous les autres domaines politiques n'ont pas toujours rencontré le plein succès.

Or, l'Union européenne se dirige, entre le moyen et le long terme, vers un élargissement important qui nous obligera à repenser radicalement bon nombre de nos politiques existantes et la façon dont elles sont menées. Nous devons nous poser les questions suivantes : 

  • Les citoyens voient-ils et comprennent-ils ce que nous faisons ? Autrement dit, les contribuables européens savent-ils et comprennent-ils où va leur argent et pourquoi ?

  • Faisons-nous les choses assez simplement et efficacement ? Autrement dit, nous sommes-nous débarrassés de la paperasse inutile ?

  • Nos priorités sont-elles les bonnes ? Ou sont-elles le fruit des hasards de l'histoire ? 

En fait, toutes nos politiques doivent être fondamentalement réexaminées à la lumière de nos priorités. Les politiques inadéquates doivent être soit radicalement réinventées soit éliminées.

Prenons l'exemple concret de la politique de concurrence. L'actuel système a été conçu dans les premières années du marché commun, en 1962, dans le but d'assurer l'application à l'échelle communautaire des principes et règles de concurrence énoncés dans le Traité. L'on a adopté un système fortement centralisé qui réservait à la seule Commission le pouvoir de prendre certaines décisions.

À présent, la situation a changé. L'activité économique transfrontière s'est considérablement intensifiée grâce au marché et à la monnaie uniques. Les comportements anticoncurrentiels ne peuvent plus être dûment réprimés, ni même surveillés, au seul niveau européen. Tous les États membres ont mis en place des organismes de défense de la concurrence et la culture de la concurrence est largement répandue.

C'est pourquoi la Commission propose de décentraliser ses pouvoirs exclusifs aux autorités de concurrence et aux juridictions nationales. Cela lui permettra de mieux s'acquitter de ses tâches essentielles dans le domaine de la concurrence, à savoir élaborer et interpréter les règles et traiter des affaires de concurrence qui ont une véritable dimension communautaire.

En d'autres termes, la Commission s'acquittera plus efficacement de son rôle de gardienne des traités sans nécessairement accomplir toutes les tâches d'exécution.

Nous engagerons donc bientôt un examen approfondi des politiques qui ne consistera pas à les soumettre à un énième audit, mais à remettre fondamentalement en cause leur impact et leur raison d'être.

Cet examen politique sera achevé pour la prochaine révision des perspectives financières en 2006. À ce stade, nous déciderons quelles politiques nécessitent véritablement un financement communautaire et quels doivent être le partage des dépenses entre politique intérieure et extérieure et la répartition entre les différentes politiques internes.

Ensuite, nous devons nous demander ce qui doit se faire au niveau européen et ce qui doit être fait par les États membres, les régions ou la société civile. Loin de préconiser un rôle centralisateur pour "Bruxelles", je pense que le moment est venu de procéder à une décentralisation radicale. Il est temps de réaliser que l'Europe n'est pas administrée que par les institutions européennes, mais aussi par les autorités nationales, régionales et locales, ainsi que par la société civile.

Nos citoyens ne sont pas satisfaits de la façon dont les choses se font au niveau européen. Ce n'est pas seulement le bilan récent de la Commission qu'ils critiquent: ils se sentent éloignés de toutes les institutions européennes et doutent que nous puissions produire le type de société qu'ils souhaitent. Ils veulent à juste titre avoir la possibilité d'influencer beaucoup plus la configuration de la Nouvelle Europe.

Le défi ne réside donc pas simplement dans la réforme de la Commission - aussi importante que soit cette tâche. Il ne s'agit pas uniquement de rendre le fonctionnement de toutes les institutions plus efficace - encore que cela soit également essentiel. Le pari consiste à repenser radicalement la manière dont nous faisons l'Europe. À remodeler l'Europe. À concevoir une forme tout à fait nouvelle de gouvernance pour le monde de demain.

Permettez-moi d'être clair. L'Europe élargie aura sans aucun doute besoin d'institutions fortes. Mais elles doivent être démocratiquement légitimées, travailler dans la transparence en étant comptables de leurs actes, et jouir de toute la confiance des citoyens. Ces derniers souhaitent une démocratie beaucoup plus ouverte à la participation et à l'action citoyennes. Ils n'appuieront le projet européen que s'ils sont pleinement associés à la définition des objectifs, à l'élaboration des politiques et à l'évaluation des progrès. Et ils ont raison.

Je crois que nous devons cesser de penser en termes de pouvoirs hiérarchisés, séparés par le principe de subsidiarité, et commencer à imaginer plutôt une mise en réseau dans laquelle les différents niveaux de gouvernance œuvrent conjointement à l'élaboration, à la proposition, à la mise en œuvre et au suivi des politiques.

On ne peut évidemment parler de gouvernance ou de démocratie participative sans qu'il soit question de notre capacité de garantir une représentation adéquate des femmes - qui constituent la moitié de la population - dans le débat et le processus décisionnel. Nous devons faire en sorte que toutes les politiques européennes intègrent pleinement la dimension d'égalité des sexes.

L'Europe occupe une position de pointe pour ce qui est du progressisme décisionnel et législatif à l'égard des droits des femmes en matière d'emploi. Il nous faut maintenant élargir l'examen de cette question et l'envisager en termes politiques.

Nous nous attellerons immédiatement à l'élaboration du Livre blanc, qui devrait être prêt au printemps 2001. Sa préparation sera bien entendu parallèle à l'avancement de la CIG et de nos réformes institutionnelles, puisqu'il portera en partie précisément sur la question de savoir de quelles institutions nous aurons besoin au 21e siècle.

Je n'ai pas d'idée préconçue quant à la réponse à apporter à cette question. Aucune institution - pas même celle dont je me trouve être le Président - ne devrait considérer sa forme actuelle, voire son existence à long terme, comme sacro-sainte. Je veux que cette question donne lieu à un débat ouvert, auquel participeront tous les acteurs concernés, parmi lesquels, bien entendu, le Parlement européen et des représentants de la société civile européenne. Le but du Livre blanc est de stimuler ce débat et il contiendra des propositions d'action concrètes et ciblées.

Mesdames et Messieurs les Honorables Parlementaires, les actes sont plus éloquents que les paroles. L'efficacité de l'action des institutions européennes est la principale source de leur légitimité. La plus grande menace que l'on puisse faire peser sur le soutien des citoyens à l'Europe est de continuer à multiplier les promesses non tenues. Ce n'est pas l'euroscepticisme que nous devons craindre: c'est l'apathie de l'opinion publique, dont le sentiment est que nous parlons trop et agissons trop peu.

Je suis déterminé à combler le fossé qui, en Europe, sépare le discours de la réalité. Les citoyens veulent une Europe qui réponde à leurs attentes. La Commission entend œuvrer en ce sens.

La Commission actuelle aura donc deux grands axes d'action: nous veillerons à mener rapidement à bien nos réformes internes et nous réviserons nos priorités afin de nous centrer sur nos activités fondamentales.

La réforme approfondie de la Commission est essentielle, étant donné la complexité des défis auxquels nous devons faire face. Elle nécessitera une révision complète de nos méthodes de travail.

Nous devons améliorer nos compétences en matière de gestion, garantir la bonne utilisation des deniers publics et moderniser notre administration. L'expérience a montré à quel point c'est nécessaire.

Mais il y a plus, beaucoup plus. Il nous faut créer les conditions du passage d'une organisation axée sur les procédures à une organisation orientée vers l'action. Tel est le véritable enjeu de ce processus de réforme.

La Commission doit devenir une force d'impulsion politique pour donner forme à la nouvelle Europe. Il convient qu'elle se concentre sur cette tâche, en renonçant aux missions plus traditionnelles qu'elle a remplies jusqu'à présent.

Notre personnel est le principal atout dont nous disposons pour atteindre cet objectif. Seules sa passion, son intelligence et son indépendance nous permettront de réussir. Nous voulons qu'il se sente entièrement responsable et pleinement impliqué dans le projet audacieux mais crédible que constitue la configuration de la nouvelle Europe.

Je demanderai à chaque commissaire, dans son domaine de compétence, de revoir ses priorités au cours des prochains mois, afin que la Commission soit en mesure d'indiquer ses engagements concernant les tâches essentielles pour les années à venir. Notre but est de nous défaire des activités peu prioritaires et de libérer ainsi des ressources. Une fois que nous aurons défini avec précision les priorités centrales de la Commission, nous redéploierons le personnel en conséquence.

Nous répondrons ainsi à l'une des principales critiques formulées par le Comité d'experts indépendants, à savoir le décalage entre les ressources et les missions de la Commission. Nous démontrerons que nous pouvons les faire correspondre en renonçant à certaines activités. Aussi longtemps que cette démarche n'aura pas été accomplie, nous savons que le Parlement n'acceptera aucune augmentation du personnel de la Commission.

Cependant, pour que les activités et les ressources humaines puissent pleinement concorder, nous devrons indubitablement recruter du personnel et je n'hésiterai pas à revenir devant vous pour vous présenter une liste exposant en détail nos besoins ainsi que les activités que nous serions forcés d'abandonner.

J'entends veiller, avant toute autre chose, à ce que la Commission européenne se concentre sur sa véritable mission et s'en acquitte avec efficacité et compétence: si nous ne disposons pas des ressources nécessaires, nous refuserons donc d'assumer d'autres tâches non essentielles.

Rien n'illustre mieux ceci que la nécessité d'une gestion efficace de l'aide extérieure. L'UE est, à l'échelle mondiale, le donateur le plus généreux d'aide au développement, mais, sur le plan de la rapidité et de l'efficacité, les résultats de notre action sont consternants. Le manque de personnel et des systèmes internes à la tête trop lourde expliquent en partie cette situation. Les réformes que j'ai mentionnées aideront à surmonter ces problèmes. Cependant, les réglementations excessives imposées par le Conseil sont également blâmables. Ce problème devra également être réglé.

L'incapacité qui est la nôtre de faire parvenir l'aide au développement plus rapidement et plus efficacement est une tragédie quotidienne. Nous disposons sur le terrain, dans des endroits dangereux, d'un personnel de qualité, qui doit être soutenu par des systèmes administratifs efficaces. Autrement, nous ne faisons pas le meilleur usage de nos ressources, ce qui est préjudiciable à l'image internationale de l'Union. Au nom des peuples de l'Europe, au nom de l'humanité, nous devons absolument gagner en efficacité. Fournir l'aide au moment où elle est nécessaire, c'est sauver des vies.

La Commission est décidée à changer les choses. La réforme structurelle fondamentale n'est pas l'une des possibilités à envisager, c'est une nécessité. Nous devons améliorer nos stratégies d'aide et les dotations budgétaires pour faire en sorte qu'elles reflètent les besoins des bénéficiaires et les priorités qui sont les nôtres. Cela doit rester l'une des missions essentielles de la Commission. Dans le même temps, il importe que nous réexaminions en profondeur notre mode d'utilisation des ressources externes pour la gestion et la mise en œuvre des projets. Vous avez formulé des suggestions constructives pour le remplacement des bureaux d'assistance technique par de nouveaux organismes, plus transparents et plus responsables. Notre réflexion va dans le même sens pour l'amélioration de la mise en œuvre de l'aide extérieure.

Notre réussite dans ce secteur est cruciale pour notre stratégie générale de réforme. L'aide extérieure sera par conséquent un thème important du Livre blanc que nous présenterons dans quelques semaines.

La situation dans les Balkans est un test de notre aptitude à mener les actions efficaces dont dépend notre crédibilité. Là-bas, plus qu'ailleurs, il importe de combler le fossé entre discours et réalité.

On ne saurait attendre des peuples du sud-est de l'Europe qu'ils oublient le passé récent, mais ils ne doivent pas continuer à le vivre. Des signes prometteurs montrent que la situation commence enfin à s'améliorer.

Le peuple croate a confondu les pessimistes en montrant qu'une évolution démocratique était possible. Nous soutiendrons sans réserve le nouveau gouvernement, au moment où il s'engage sur la voie des réformes qu'il a promises au peuple croate - tout comme nous appuierons les réformateurs de toute la région, en mettant en œuvre les accords de Dayton en Bosnie-Herzégovine, en soutenant le gouvernement démocratiquement élu du Monténégro, en ouvrant des négociations de stabilisation et d'association avec l'ARYM et en nous rapprochant de cet objectif en Albanie.

Au Kosovo, nous allons continuer à soutenir pleinement l'effort de reconstruction.

Nous apportons un appui important au pacte de stabilité, et nous travaillons en étroite collaboration avec d'autres acteurs clés, notamment les États-Unis et la Banque mondiale.

Nous activons la mise en œuvre du processus de stabilisation et d'association - qui ouvre l'accès à l'Union européenne.

Et nous nous donnons les moyens de le faire.

  • Nous venons de créer la nouvelle Agence de reconstruction européenne pour le Kosovo.

  • Nous élaborons de nouvelles règles visant à rationaliser et à simplifier notre assistance à la région, que nous vous présenterons dans les prochaines semaines.

  • Surtout, nous ne ménageons pas nos efforts en vue d'accélérer la fourniture de notre aide sur place par la mise en œuvre de procédures d'urgence et de modes de fonctionnement plus efficaces.

  • Nous venons d'annoncer la création d'une Task-force Balkans au sein de la DG Relations extérieures, qui sera l'élément moteur de notre action politique

Mais je veux que nous fassions davantage. Je veux

  • que nous trouvions les moyens de libéraliser les échanges à l'intérieur de la région et avec les États de l'Union européenne et les pays candidats à l'adhésion.

  • que nous aidions à construire les infrastructures de liaison - les réseaux et les corridors paneuropéens - afin de permettre des communications efficaces dans la région, et à assainir le Danube le plus vite possible.

  • que nous accélérions nos efforts pour faire s'enraciner, dans ces pays, une société civile fondée sur des institutions pluralistes, sur l'État de droit et sur la liberté des médias.

  • que nous intensifions notre effort afin d'aider les différents États et régions à travailler ensemble dans les domaines économique et politique. Dans les Balkans, nous nous sommes engagés à instaurer une paix durable et une forte croissance économique, et pas simplement à mettre provisoirement un terme à des conflits séculaires. 

S'il est juste que l'Union protège ses propres citoyens contre la propagation du crime organisé, nous devons aussi aider les pays des Balkans à lutter contre cette menace grandissante - surtout en promouvant la formation de forces de police modernes et professionnelles.

L'effort dans l'Europe du Sud-Est sera long et coûteux, mais nous ne pouvons pas nous y soustraire. L'Union se doit, vis-à-vis des États et des peuples de la région, - qui sont aussi européens - de mener cet effort à son terme. En contrepartie, nous leur demandons de nous aider - en s'engageant à fond dans la voie de la réforme.

La situation dans l'Europe du Sud-Est - et, dans un contexte différent, en Tchétchénie - montre combien il importe de stabiliser notre continent et de garantir la paix, la démocratie et le respect des droits de l'homme dans toute l'Europe. C'est pourquoi il est essentiel de réussir l'élargissement et de mettre en œuvre une politique de coopération cohérente avec nos voisins.

Mais il faut aussi préserver avec vigilance la démocratie et le respect des droits de l'homme au sein de l'Union existante. À cet effet, l'une des choses que nous ferons cette année sera l'élaboration de notre Charte des droits fondamentaux que la nouvelle situation en Autriche a rendue encore plus nécessaire.

Permettez-moi de répéter les propos que j'ai tenus devant votre Assemblée au début du mois au sujet du rôle politique de la Commission dans la situation autrichienne. Lorsqu'un État membre est en difficulté, c'est toute l'Union qui est en difficulté. Une institution supranationale ne devrait pas isoler un État membre de l'Union, mais elle devrait s'efforcer de le tenir fermement en son sein. C'est ce que fera la Commission.

Nous suivrons de près la situation en Autriche. La survie de l'Union européenne dépend de son adhésion aux principes fondamentaux de liberté, de démocratie et de respect des droits de l'homme. Ces principes sont le fruit et le reflet de l'engagement solennel pris par tous les États membres d'assurer le respect des personnes, quelles que soient leur croyance, leur condition ou leur origine.

Ces principes se confondent avec le respect de l'État de droit et la Commission, qui en est la garante, sera inflexible dans sa défense. Nous ne tolérerons pas la moindre violation des droits de la personne ou des minorités.

C'est pourquoi, le 7 février dernier, j'ai envoyé un message de félicitations au chancelier d'Autriche, M. Schüssel - comme de coutume lors de la nomination d'un nouveau chef de gouvernement dans un État membre. J'ai utilisé le langage en usage pour de telles occasions. Mais la partie centrale de mon message était formulée en des termes dépourvus de toute ambiguïté.

"Je ne doute pas", ai-je écrit au Chancelier Schüssel, "que, comme vous l'indiquez dans votre déclaration intitulée "Responsabilités de l'Autriche et son avenir au cœur de l'Europe", vous démontrerez le même engagement que vos prédécesseurs en faveur de la construction européenne et de la défense des valeurs européennes communes de liberté, de démocratie, de respect pour les droits de l'homme et les libertés fondamentales, ainsi que de la règle de droit".

Je rappellerai à votre Assemblée qu'en novembre dernier, la Commission a formulé une proposition de directive visant à lutter contre le racisme. J'en appelle au Conseil pour qu'il agisse avec célérité en vue de l'adoption de cette proposition, et j'invite votre Assemblée à émettre son avis rapidement, de sorte que les négociations puissent avancer.

Mesdames et Messieurs les Honorables Parlementaires, permettez-moi à présent de revenir sur les autres engagements que la Commission a pris pour les cinq années à venir. Ils sont exposés très clairement dans notre document de stratégie.

  • Nous conduirons avec vigueur les négociations d'élargissement et nous contribuerons au développement d'une coopération effective avec nos voisins immédiats, tels que la Russie et les pays méditerranéens.

  • Il y a ensuite le monde au sens large. L'une des priorités de l'Europe en matière de politique étrangère pour les prochaines années sera d'engager de nouveaux efforts afin d'aider l'Afrique à parvenir à la stabilité politique et à un développement durable. À long terme, c'est la seule façon de s'attaquer aux deux fléaux de la guerre et de la famine dont les peuples de ce continent sont depuis trop longtemps les victimes.

  • Nous veillerons également, malgré l'échec de Seattle, à ce que soit relancé un vaste cycle du Millénaire. Les forces de la mondialisation devraient être mobilisées au profit des besoins du monde et un développement global durable devrait être garanti. La réussite d'un nouveau cycle exige que tant l'Europe que les États-Unis témoignent d'une plus grande sensibilité à l'égard des besoins des pays moins développés

  • Nous œuvrerons à l'établissement d'un nouvel agenda économique et social visant à accroître la compétitivité et à créer des emplois. À cet égard, le sommet de Lisbonne, qui aura lieu en mars, marquera un tournant décisif. Un objectif politique majeur doit être de restaurer le plein emploi.

  • Nous nous emploierons à faire de l'Europe un lieu de vie meilleur et plus sûr, en menant une action dans le domaine de l'environnement et en mettant en œuvre l'agenda de Tampere et les mesures contenues dans le Livre blanc sur la sécurité alimentaire. Je voudrais en particulier attirer votre attention sur l'état critique du Danube, qui montre combien il est indispensable que l'Europe intervienne dans ces situations difficiles et, plus encore, réfléchisse à la nécessité de mettre en place une structure de "protection civile". C'est un problème urgent.

  • Enfin, nous animerons le débat sur le mode de fonctionnement d'une Europe élargie, afin de concilier, d'une part, la diversité et la décentralisation et, d'autre part, la nécessité d'institutions fortes et d'une action coordonnée, d'où notre Livre blanc sur la gouvernance européenne.

Il ne s'agit pas d'aspirations vagues: ce sont des objectifs mesurables, que nous nous sommes fixés. Pour réussir, nous devrons pouvoir compter sur la coopération active de toutes les institutions - mais nous ferons tout pour persuader et convaincre. J'accepte d'être jugé dans les domaines où la Commission a le pouvoir d'agir. Pour le reste, ce sera l'Union dans son ensemble qu'il faudra juger.

Comment saurons-nous, dans quatre ou cinq ans, si l'opinion publique considère que l'Union européenne a fait ce qu'il fallait? Quel sera le critère permettant de mesurer sa réussite? J'en propose un très simple: une participation plus forte aux élections au Parlement européen de 2004.

Dans l'intervalle, j'en appelle aux citoyens européens pour qu'ils vainquent les obstacles de l'apathie et s'intéressent de près à nos progrès. Suivez notre travail. Cherchez à savoir ce que nous faisons. Consultez le registre de ma correspondance. Dites-nous alors ce que vous pensez. Nous sommes décidés à atteindre les plus hauts niveaux de transparence et de responsabilité envers les citoyens.

Mesdames et Messieurs les Honorables Parlementaires, nous vivons une époque qui ouvre des possibilités extraordinairement favorables. Non seulement les perspectives économiques sont bonnes, mais la croissance soutenue, la révolution de la société de l'information et l'expansion du marché européen, par leurs effets conjugués, mettent à notre portée le "cercle vertueux" dont nous avons besoin.

En agissant ensemble avec audace et détermination, nous pouvons façonner la nouvelle Europe que nos concitoyens attendent et que nous devons aux générations futures.

  • Une Europe juste, humaine, inclusive.

  • Une Europe mobilisatrice, énergique et entreprenante.

  • L'Europe de tout le monde.

  • Mettons-nous au travail pour faire de cette décennie celle de l'accomplissement et de la réussite.

  • Une décennie que l'histoire retiendra comme la décennie de l'Europe.

Je vous remercie.


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