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SPEECH/00/250

Mme Viviane Reding

Membre de la Commission européenne responsable de l'Eduction, de la Culture et du Sport

Renforcer le dialogue entre la Commission européenne et le monde du sport pour renforcer la fonction sociale du sport

Congrès de l'UEFA

Luxembourg, le 30 juin 2000

Monsieur le Président de l'UEFA,

Messieurs les Présidents des fédérations nationales,

Nous sommes aujourd'hui acteurs d'un événement important en termes de relations entre la Commission européenne et les fédérations de football. Après plus de quarante ans d'histoire commune, c'est la première fois qu'un membre de la Commission européenne a l'opportunité de s'adresser directement à toutes les fédérations de football européennes.

Je salue donc ce moment et je ne peux que souhaiter que notre dialogue s'intensifie. Je suis en effet intimement convaincue que si ce dialogue avait été amorcé plus tôt, certains malentendus n'auraient jamais vu le jour.

Notre rencontre d'aujourd'hui me semble être un important pas en avant pour l'avenir du sport en Europe.

Le sport en Europe et le football en particulier connaissent un moment d'épanouissement jusqu'ici inégalé. Avec l'EURO 2000, le football nous offre une vraie fête du sport, un événement plein de suspense et de passion. Et les chiffres de l'EURO 2000 nous rappellent l'importance du football pour la société européenne: les innombrables heures de retransmission télévisée - mais aussi ce taux de 91% d'occupation des stades - témoignent de la portée sociale et économique de votre sport.

Ce foot qui jouit d'une excellente santé est un élément à part entière de notre société et de l'intégration européenne.

Ceci m'amène à ce fameux arrêt Bosman, que certains voudraient rendre responsable de tous les maux qui touchent un sport somme toute très solide et en excellente santé.

L'arrêt Bosman existe. Il est incontournable. Ceci d'autant plus que l'arrêt Bosman se fonde sur deux principes fondamentaux inscrits dans les traités européens sur des droits de base de tous les citoyens: celui de la libre circulation, et celui de la non-discrimination. La Cour de Justice européenne l'a dit très clairement: ces principes s'appliquent à tous les citoyens, aussi aux sportifs, aussi aux footballeurs.

D'ailleurs, il serait à mon avis erroné de penser que:

1) l'arrêt serait à l'origine des difficultés vécues par le sport, et que

2) une restriction de la libre circulation pourrait résoudre tous les problèmes.

Bien au contraire ! Prenons l'exemple du problème de l'écart compétitif entre les ligues des grands et les ligues des petits pays. Une restriction éventuelle de la libre circulation n'y résoudrait rien. Les ligues des grands pays ont une base économique plus forte que les ligues des petits pays parce que les ligues des grands pays peuvent s'appuyer sur une base de spectateurs plus grande que les ligues des petits pays, ce qui leur permet d'obtenir des revenus plus élevés. Une restriction éventuelle de la libre circulation ne ferait qu'accroître cet écart.

Elle priverait les joueurs issus des petits pays de la chance d'évoluer et de se perfectionner à l'étranger. En conséquence, elle affaiblirait les équipes nationales de ces pays et elle priverait les spectateurs d'événements d'une qualité semblable à celle de l'EURO 2000. Il vaut la peine de se rappeler que, traditionnellement, le protectionnisme est le refuge des grands vis-à-vis des petits, et non vice versa une des raisons d'être de l'abolition des frontières et des restrictions à la libre circulation dans ce grand espace qu'est la Communauté européenne est précisément la garantie d'un « level playing field » entre les soi-disant grands et les soi-disant petits.

Ceci dit, je partage le point de vue qu'il vaut mieux créer une équipe, la construire, que l'acheter. Acheter peut être une solution à court terme, mais à long terme ne survivent généralement que les équipes à forte implantation sociale, engagées dans la collectivité locale ou régionale et pouvant dès lors compter sur un vivier de joueurs et d'adeptes. Le football a besoin d'équipes avec lesquelles les spectateurs peuvent s'identifier. L'Euro 2000 vient d'ailleurs de le démontrer de façon spectaculaire. C'est précisément à cause de cette constatation que je suis convaincue que certains excès que nous avons dû vivre ces dernières années devront être rapidement dépassés. Je me réjouis de pouvoir observer une reprise des efforts de formation par nombre de clubs et de fédérations, et je peux vous assurer que la Commission européenne est disposée à accompagner d'une façon positive cette évolution tout à fait encourageante.

La Commission européenne veut le partenariat entre la Communauté européenne et le mouvement sportif. Mais pour qu'un dialogue fructueux soit possible, il faut que les deux parties y soient ouverts. Le cas des règles de transfert de la FIFA actuellement sous instruction en est un bon exemple. Comme vous le savez, la Commission européenne est prête à homologuer un nouveau système de transferts respectueux tant de la spécificité du sport (et notamment de l'équilibre compétitif entre les clubs) que du respect du droit communautaire. Il me semble évident que le système existant ne satisfait ni l'un ni l'autre. Dans ces circonstances, c'est à vous de faire le prochain pas dans la voie de la coopération que je souhaite suivre: c'est à vous d'être les innovateurs. Je peux vous assurer que la Commission européenne est prête à prendre en compte toute proposition constructive. Personne, à la Commission européenne, ne souhaite recourir à des décisions d'interdiction. Mais celles-ci deviendraient inévitables en l'absence d'alternatives acceptables et viables.

J'ai parlé de la nécessité d'être innovateur.

Ceci m'amène à la question du respect des structures organisationnelles du sport, et par conséquent à la question du rôle des fédérations telles que les vôtres.

Je voudrais souligner ici que la Commission a toujours respecté l'autonomie des fédérations et que la Cour de Justice abonde dans le même sens. Je voudrais rappeler aussi le fait que la Commission a autorisé dans ce sens la vente collective des droits de télévision, prenant en compte la redistribution des fonds dans un esprit de soutien aux efforts de formation des jeunes et d'aide aux petits clubs.

Je sais néanmoins que la crise qui secoue le monde du basket avec l'apparition de deux ligues vous inquiète. Mais, indépendamment de mes convictions personnelles sur la question, et d'un point de vue purement juridique, je dois vous dire que ni les États membres, ni les institutions communautaires ne peuvent interdire de telles évolutions. En clair : le maintien du principe de la fédération unique dépend exclusivement de la qualité de votre action, de votre capacité de convaincre les joueurs, les clubs et les adeptes que c'est sous votre toit qu'ils sont chez eux.

Que faire dès lors?

La Commission l'a clairement indiqué dans son "Rapport d'Helsinki" : il vous appartient de valoriser vos atouts, qui sont nombreux, tout en adaptant vos structures aux nouvelles exigences. Vouloir conserver la situation actuelle sans rien changer est la meilleure garantie d'un schisme entre le sport amateur, le sport professionnel et les structures fédérales. J'ai toujours comparé le sport à un train, le sport professionnel étant la locomotive et les autres formes de sport les wagons. Mais attention : le danger est que la locomotive continue seule à avancer, alors que les wagons restent bloqués en gare ! Une telle situation serait néfaste pour l'avenir du foot !

Face à des velléités de scission, il n'existe qu'une seule solution. Une position d'ouverture, accordant un certain degré de flexibilité et créant ainsi un cadre qui rend l'envie d'indépendance superflue.

Une telle revitalisation n'est pas une menace, mais une condition de la sauvegarde de l'unité. Vous n'avez pas besoin de moi pour vous rappeler que le succès de vos fédérations est largement dû au fait que vous avez toujours accepté les défis de modernisation auxquels vous avez été confrontés, en offrant des solutions attractives et inclusives.

Cette attractivité, vous la devez en grande mesure à la dimension sociale de votre action, dimension sociale qui vous attribue un statut tout à fait unique et précieux, dimension sociale qui est d'ailleurs pleinement reconnue par les chefs d'Etat et de gouvernement européens, qui viennent de déclarer lors de leur Sommet à Feira " Le Conseil européen demande à la Commission et au Conseil de prendre en considération dans la gestion des politiques communes, les caractéristiques spécifiques du sport en Europe, ainsi que sa fonction sociale."

Or, je dois remarquer que lors des très nombreuses réunions que j'ai eues avec le monde du football, nous avons en majeur partie parlé des problèmes économiques du sport professionnel, sans avoir eu une vraie opportunité d'approfondir les problèmes de fond.

C'est pourquoi j'aimerais saisir la présente occasion pour aborder, en guise de clôture, certaines questions concernant le sport en général et le football en particulier.

Tout d'abord, la violence. Le football ne peut pas être un sport de délassement pour la famille si les parents craignent d'emmener, voire d'envoyer seuls leurs enfants au stade à cause des groupes de hooligans. Et je constate avec une grande préoccupation que des phénomènes de violence ne se limitent point à des grands événements de masse des phénomènes de violence se produisent aussi en ligue régionale ou même cantonale, chez les adultes aussi bien que chez les jeunes.

Il en va de même pour le dopage. Le sport doit constituer une école de santé, un espace où l'individu peut se dépasser, grâce à sa ténacité et à ses capacités, sans l'aide de drogues. Malheureusement, la course effrénée à la victoire, l'appât que représente la perspective d'une carrière rapide, de rémunérations élevées et de la reconnaissance sociale qui s'ensuit, poussent les joueurs et leur entourage à dépasser certaines limites éthiques et de santé, et à s'adonner au dopage et à l'abus de médicaments.

Cela sans parler de l'horreur des réseaux de trafic d'êtres humains, des pratiques illicites concernant les jeunes footballeurs africains et autres, amenés en Europe comme s'ils étaient des marchandises.

Le dopage, la violence, le trafic de jeunes sont des problèmes qui trouvent dans le sport une marge de manœuvre toujours trop grande. Tout en reconnaissant les maintes preuves de bonne volonté déjà données, et notamment votre action exemplaire en faveur du fair-play, j'appelle chacun de vous à intensifier davantage vos efforts en faveur d'un sport propre, d'un sport à visage humain.

Sachez que vous ne serez pas seuls dans vos efforts : aussi bien les autorités politiques nationales que les responsables européens vous donneront leur soutien. Quant à moi, vous me trouverez à vos côtés pour combattre les excès, lancer des programmes de prévention et soutenir des actions d'éducation et de formation des jeunes.

Monsieur le Président de l'UEFA,

Messieurs les Présidents des fédérations nationales,

Je suis convaincue que le sport et le football ont un avenir magnifique dans cette nouvelle société où le citoyen disposera de plus de temps libre et où la pratique sportive sera une des activités de loisir des plus importantes. Cela exigera de vous d'adapter vos « services », d'offrir des possibilités d'entraînement et de compétition nouvelles conformes aux nouvelles habitudes de vie. Si vous voulez vraiment accomplir votre mission sociale, il faut devenir une force vive de cette véritable révolution de nos sociétés que nous sommes en train d'expérimenter.

Dans tous ces efforts, sachez que je suis prête à me battre pour que le travail des organisations sportives - clubs et fédérations - puisse être soutenu dans le cadre des différentes politiques communautaires comme demandé par le Conseil européen de Feira.

La Communauté européenne reconnaît avec gratitude le travail social fourni par les presque 600.000 clubs sportifs de toute l'Europe.

Et afin de le mettre en évidence, nous allons dès l'année prochaine ouvrir plus largement le programmes JEUNESSE aux organisations sportives. Réfléchissons ensemble à d'autres opportunités. En guise d'exemple, des projets de formation concernant le rugby et sa transformation en sport professionnel ont été financés par le passé dans le cadre du programme Léonardo.

Des propositions créatives de votre part seront donc toujours les bienvenues.

Messieurs,

Nous sommes sur la bonne voie, celle du dialogue. Cela ne doit pas nécessairement signifier unanimité dans l'analyse des problèmes, ni dans les solutions proposées. Mais l'échange franc et ouvert des vues même divergentes représente la seule manière de progresser.

Le Conseil européen a fait référence au sport deux fois dans un délai court. Les Chefs d'Etat et de gouvernement nous invitent à tenir compte de la spécificité du sport et de sa dimension sociale dans la gestion des politiques communautaires. La Commission a déjà prouvé qu'elle le fait, et la Cour de Justice a elle aussi été très claire dans sa jurisprudence, et notamment les récentes affaires Deliège et Lethonen.

De notre part, nous n'épargnerons aucun effort afin d'améliorer encore la prise en considération cette double dimension, économique et sociale, du sport.

La balle est maintenant dans votre camp. Les opportunités offertes pour l'essor du sport sont énormes. Une position de défense, d'attente, de repli ne sera d'aucune utilité. Les innovateurs, les audacieux, les attaquants seront les gagnants.

Les portes de mon bureau seront toujours ouvertes à ceux qui feront des propositions visant à renforcer le football et à faire du sport ce que nous désirons tous: une magnifique fête, où hommes et femmes concourent dans le dépassement d'eux-mêmes, le fairplay et la convivialité.

Vive le sport, vive le football.


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