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Discours de Madame Viviane Reding Membre de la Commission européenne, chargée de l'Education et de la Culture Vers un espace européen de l'éducation élargi Conférence des ministres de l'Education européens Bucarest, le 19 juin 2000

Commission Européenne - SPEECH/00/225   19/06/2000

Autres langues disponibles: aucune

SPEECH/00/225

Discours de Madame Viviane Reding

Membre de la Commission européenne, chargée de l'Education et de la Culture

Vers un espace européen de l'éducation élargi

Conférence des ministres de l'Education européens

Bucarest, le 19 juin 2000

Monsieur le ministre Marga,

Monsieur le ministre Martins,

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureuse d'être parmi vous à Bucarest afin de contribuer à la réflexion commune entamée à Varsovie en 1997 et continuée dans les deux années suivantes à Prague et à Budapest. Je me réjouis que la construction d'une maison européenne de l'éducation se poursuive aussi régulièrement par le biais de ces conférences qui nous invitent à renforcer notre coopération politique.

Je remercie vivement les autorités roumaines et en particulier M. Marga, ministre de l'éducation, ainsi que la présidence portugaise, en particulier M. Martins, pour avoir, avec la Commission européenne, contribué à l'organisation de cette quatrième conférence des ministres de l'éducation européens.

Je suis également heureuse de me trouver à Bucarest à un moment où les négociations en vue de l'adhésion des pays candidats sont pleinement engagées. Il s'agit d'une période exaltante où l'éducation et la formation sont appelées à jouer un rôle primordial. Ces domaines revêtent en effet une importance toute particulière à l'occasion des changements économiques, sociaux et politiques vécus dans l'ensemble de nos pays.

De plus en plus de nos pays profitent des retombées positives des coopérations mises en oeuvre. Aujourd'hui la présence de 35 pays démontre clairement que l'éducation et la formation constituent un centre d'intérêt commun à l'ensemble de l'Europe. Je suis persuadée que les possibilités offertes par les programmes communautaires et que les solutions issues de nos discussions se révéleront aussi utiles pour les pays candidats à l'adhésion qu'elles le sont pour les Etats membres. Une signification politique particulière caractérise cette coopération aussi pour les pays de la région des Balkans, tant sur le plan régional que bilatéral. Le programme Tempus et les activités de la Fondation de Turin, dans le cadre plus large du Pacte de stabilité et du Processus de Graz, sont les instruments privilégiés d'une nouvelle volonté politique de coopération et d'entente, qui contribue à préparer un avenir stable et pacifique pour tous les peuples concernés.

Le thème de cette conférence se trouve au coeur de nos priorités politiques : comment pouvons-nous répondre aux deux défis auxquels l'ensemble de nos systèmes éducatifs sont confrontés, à savoir : assurer la qualité de l'éducation et maintenir un niveau de cohésion sociale élevé? Nos systèmes sont en effet tous confrontés à l'impératif de concilier l'objectif d'assurer des standards de qualité élevés avec la volonté politique de démocratiser l'accès à l'enseignement.

Mesdames et Messieurs,

Notre conférence a lieu à un moment des plus propices, à savoir dans la suite presque immédiate du Conseil européen spécial de Lisbonne des 23 et 24 mars dernier. Ce Conseil européen s'avère être d'une dimension que je qualifie d'historique pour les politiques de l'éducation et de la formation. Or, les messages lancés par les Chefs d'Etat et de gouvernement à cette occasion ne se limitent certainement pas aux seuls Etats Membres de l'Union : ils sont d'une portée générale et méritent donc toute notre attention aujourd'hui.

Lors de ce Conseil, l'Union s'est fixé un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir: devenir l'économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde ; une économie capable d'une croissance économique durable qui soit accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale.

Dans ce nouvel agenda de renouveau économique et social, les politiques de l'éducation et de la formation devront jouer un rôle de première importance. En effet les Chefs d'Etat et de gouvernement ont clairement reconnu que l'innovation et la connaissance constituent des facteurs décisifs pour la compétitivité de l'Europe et pour sa capacité à combattre le fléau du chômage. Il s'agit là d'une prise de conscience au niveau mondial, comme j'ai pu le constater lors de la rencontre des ministres de l'éducation du G8 et de la Communauté européenne, qui s'est tenue début avril à Tokyo.

S'agissant des domaines de l'éducation et de la formation, le Conseil européen a mis l'accent sur trois messages fondamentaux : l'importance des technologies modernes, le besoin de promouvoir l'éducation et la formation tout au long de la vie à tous les niveaux et la nécessité de renforcer le rôle de l'éducation et de la formation dans les politiques de l'emploi. C'est sur cette toile de fond, Monsieur le Président, que je me permets de souligner brièvement l'importance de certains aspects qui me tiennent particulièrement à coeur.

Tout d'abord, l'Europe se trouve dans une période de transition vers une société et une économie fondées sur l'innovation et sur la connaissance. Les effets s'en font sentir dans tous les aspects de notre vie et rendent nécessaire une transformation radicale de l'économie et de la société européennes. Les systèmes d'éducation et de formation doivent s'adapter et concourir à affronter ces nouveaux défis. Nous devons nous doter des moyens pour anticiper et pour gérer ces mutations.

C'est dans ce contexte que le Conseil européen a demandé aux ministres de l'éducation de l'Union d'entreprendre une réflexion générale sur les futurs objectifs des systèmes éducatifs et sur les préoccupations et les priorités communes auxquelles nos systèmes seront confrontés dans les années à venir. Cette réflexion devrait déboucher sur un rapport que le Conseil Education devrait soumettre au sommet qui aura lieu au printemps 2001.

Le Rapport européen sur la qualité de l'éducation que la Commission vous a soumis aujourd'hui constitue une première contribution à cette réflexion générale et à la préparation du rapport sur les systèmes éducatifs.

Ce Rapport, que nous avons déjà présenté au Conseil des ministres du 8 juin dernier, fait suite à un mandat que vous aviez donné à la Commission lors de la conférence de Prague en juin 1998. Il se base sur 16 indicateurs qui ont été sélectionnés en étroite coopération avec un groupe d'experts nommés par les ministres de l'éducation de 26 pays européens.

La Commission européenne, dans l'élaboration du rapport, s'est fondée exclusivement sur des données existantes. Il ressort de cet exercice que les données existantes ne couvrent pas de manière systématique l'ensemble des pays membres et des pays en voie de pré-adhésion. En outre, ces données présentent très souvent des faiblesses et se révèlent insuffisantes d'un point de vue qualitatif.

La Commission actualisera ce Rapport régulièrement. Elle souhaite, en étroite coopération avec les experts des Etats Membres, approfondir et compléter les indicateurs sélectionnés. Suivant le mandat qui nous a été donné à Prague, la prochaine étape pourrait consister dans la fixation, en accord avec les pays concernés, d'un certain nombre d'objectifs chiffrés et de benchmarks à atteindre dans le domaine de la qualité de l'enseignement.

Il vous appartient de tirer les conclusions de ce rapport lors des ateliers de travail qui auront lieu cet après-midi. Je suis convaincue que les résultats de notre conférence contribueront à la réflexion générale que le Conseil européen nous a demandé d'entamer.

A l'occasion de cette réflexion sur les futurs objectifs des systèmes éducatifs, je souhaite vous annoncer que la Commission présentera un Mémorandum sur l'éducation et sur la formation tout au long de la vie en novembre 2000.

Ce Mémorandum constituera le point de référence pour le développement d'une stratégie globale en faveur du lifelong learning comme composante du modèle social européen. Il fournira un cadre conceptuel commun pour définir les nouvelles compétences de base et pour développer des nouvelles approches notamment en matière de citoyenneté active, d'inclusion sociale, d'employabilité et d'adaptabilité. Dans ce Mémorandum, sera également présenté un ensemble de pistes d'action et de recommandations concrètes qui pourront être assorties d'objectifs précis et de benchmarks à atteindre.

J'espère que nous aurons l'occasion de nous pencher plus spécifiquement sur le thème de l'apprentissage tout au long de la vie lors d'une des nos prochaines rencontres.

Deuxièmement, le Conseil européen a réaffirmé l'importance des technologies d'information et de communication dans la nouvelle société de la connaissance. Un constat s'impose : l'Europe n'exploite pas pleinement ce potentiel, car elle ne dispose pas d'un nombre suffisant de personnes qualifiées dans ces domaines. De ce fait, l'Europe n'intègre pas assez vite l'ère numérique. Ceci se voit par exemple par la trop lente introduction d'Internet dans la plupart de nos pays.

Dans cette perspective la Commission vient d'adopter l'initiative e-Learning « Penser l'éducation de demain ». Cette initiative vise à la mise en oeuvre du Plan d'action e-Europe que la Commission présentera au Conseil européen de Feira.

Par le biais de l'initiative e-Learning, nous souhaitons mobiliser les communautés éducatives et culturelles ainsi que les acteurs économiques et sociaux afin d'accélérer l'entrée des systèmes d'éducation et de formation dans l'ère numérique et de faciliter ainsi la transition de l'Europe vers une véritable société de la connaissance.

e-Learning reposera sur quatre lignes d'action : un effort d'équipement en ordinateurs multimédias des écoles et des centres de formation ; un effort de formation des enseignants, des formateurs et des apprenants ; le développement de services et logiciels éducatifs européens et l'accélération de la mise en réseau des écoles et des centres de formation.

Bien évidemment, e-Learning ne s'adresse pas seulement aux Etats Membres de l'Union, mais à un plus grand éventail de pays. En effet, la mise en oeuvre de cette initiative se fera dans le cadre des différents programmes existants auxquels l'ensemble des pays candidats participent désormais de plein droit. Par ailleurs, je souhaite que le plus grand nombre de pays s'implique dans les activités de réflexion que la Commission organisera autour de cette initiative.

Dans ce contexte je souhaite attirer votre attention sur deux indicateurs repris dans notre Rapport sur la qualité qui sont directement liés aux technologies de l'information (TIC). Ces indicateurs montrent clairement l'impact que ces technologies ont d'ores et déjà sur nos systèmes éducatifs. Le premier indicateur porte sur l'utilisation des TIC dans les pays européens en distinguant dans quels pays les TIC ne sont pas encore intégrées aux programmes, où elles sont enseignées comme discipline distincte et où elles sont dispensées comme un outil au service des autres disciplines. Le deuxième indicateur analyse le nombre d'étudiants par ordinateurs. Ce dernier indicateur doit être interprété avec prudence, dans la mesure où il peut masquer de grandes disparités à l'intérieur d'un pays : un niveau d'équipement pratiquement similaire dans toutes les écoles, ou peut-être des écoles très bien équipées à côté d'écoles sans aucun accès aux nouvelles technologies.

Mesdames et Messieurs,

Je conclurais cette intervention en vous rappelant brièvement les dernières évolutions concernant les programmes communautaires qui nous concernent plus particulièrement.

Beaucoup d'entre vous étaient à Lisbonne, les 17/18 mars derniers lors du lancement des nouveaux programmes d'action SOCRATES, LEONARDO et JEUNESSE. Cette nouvelle génération de programmes couvre désormais l'ensemble des 13 pays candidats à l'adhésion.

Le triptique SOCRATES, LEONARDO DA VINCI et JEUNESSE a été mis en place pour une durée de sept ans allant de 2000 à 2006. Les nouveaux programmes ont été dotés d'un montant de 3.520 Mio. €, auquel s'ajouteront les contributions des pays candidats. Cela représente une augmentation de plus de 30% par rapport à la première phase des trois programmes. Ceci démontre clairement la reconnaissance générale de la valeur ajoutée de nos programmes et de leur contribution à la réalisation d'une Europe des citoyens.

Depuis 1995, plus d'un million de citoyens de l'Union européenne ont bénéficié des possibilités offertes par les programmes SOCRATES, LEONARDO et JEUNESSE pour étudier, se former, approfondir leur développement personnel ou travailler à des projets sociaux dans d'autres pays. Ils ont eu par ce biais l'occasion d'acquérir de nouvelles compétences, de parler une autre langue et de découvrir d'autres mentalités, ce qui a certainement contribué à favoriser leurs perspectives d'emploi. Ils sont entrés en contact, même pour une courte durée, avec une autre culture, des méthodes de travail différentes, de nouvelles idées.

La nouvelle génération de programmes, qui concernera un public cible de plus de 2 millions de citoyens, offre un vaste éventail de possibilités en soutenant les partenariats écoles-entreprises, les détachements et échanges d'enseignants, les initiatives en faveur des jeunes, les bourses de séjour à l'étranger pour étudiants, l'éducation des adultes, l'apprentissage et l'enseignement des langues et les échanges d'idées et d'informations. L'usage des nouvelles technologies permettra de démultiplier ces initiatives en offrant des possibilités de coopérations à distance qui s'ajouteront aux actions de mobilité.

Depuis son adoption en mai 1990, le programme TEMPUS a été l'instrument de réformes importantes des systèmes d'enseignement supérieur des pays candidats. Il a joué un rôle de première importance dans le processus de transformation socio-économique et de transition politique.

La troisième phase de ce programme couvrira les six prochaines années. Cette nouvelle phase concernera désormais, outre les pays Tacis, les pays du sud-est de l'Europe, et plus particulièrement l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l'ancienne République yougoslave de Macédoine et la Croatie. Comme je l'ai déjà affirmé, je suis vraiment persuadée que ce programme contribuera ainsi aux efforts de stabilisation de la région.

Mesdames et Messieurs,

La participation de 35 pays à cette conférence de Bucarest signifie que nous pensons à la maison européenne de l'éducation dans des termes toujours plus vastes. La recherche de points de convergence susceptibles de structurer une vision commune et mobilisatrice autour des enjeux de l'éducation européenne nous invite à consolider nos liens essentiels de coopération dans ce domaine.

Les défis sont posés. Il nous appartient maintenant d'unir nos efforts afin de construire une véritable Europe de la connaissance, proche des besoins et des préoccupations de ses citoyens. Les fondements d'un espace éducatif européen basé sur l'apprentissage tout au long de la vie sont déjà en place. Il nous revient maintenant de donner une dimension concrète à cet espace et de poursuivre ainsi la construction d'une véritable Europe des citoyens. Je suis convaincue que notre rencontre d'aujourd'hui nous permettra de progresser dans ce sens.

Merci de votre attention.


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