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LE PROBLEME
La degradation des ressources naturelles a pris une ampleur
considerable en Afrique ; elle se manifeste de facon spectaculaire
dans les zones arides et semi-arides au Sahel, mais aussi dans les
regions tres peuplees et/ou montagneuses, par exemple au Rwanda, au
Burundi, sur les hauts plateaux de Guinee, du Kenya, en Ethiopie, sur
les terres communales du Zimbabwe, les montagnes de Kabylie, etc...
Cette degradation s'y marque par la baisse de la fertilite naturelle
des sols, leur erosion, leur laterisation, l'appauvrissement puis la
disparition du couvert vegetal, etc..  La desertification au sens
strict du terme en constitue la phase extreme. La perte des terres
par la degradation jusqu'aux conditions desertiques continue a une
vitesse de 6 millions d'hectares par an ou, en d'autres termes 60.000
km2 ou a peu pres deux fois la superficie de la Belgique.
LA NECESSITE D'UN PLAN D'ACTION ET  L'APPROCHE D'ENSEMBLE
COMMUNAUTAIRE
Conscient de se probleme, le Conseil europeen de Milan de juin 1985 a
demande a la Commission de preparer un Plan d'action europeen en
matiere de lutte contre la desertification auquel "l'ensemble des
aides europeennes, communautaires et bilaterales, accordent une
priorite", dans lequel "elles s'engagent pour une longue periode et
organisent leurs interventions de facon coherente en se dotant d'une
structure de coordination appropriee".
Le Plan d'action que la Commission vient de proposer au Conseil fait
suite a cette demande du Conseil europeen.  Il represente la reponse
communautaire au probleme fondamental a long terme auquel l'Afrique
est confrontee, et insere cette reponse dans le cadre de l'approche
d'ensemble que la Communaute a developpe, en tenant compte de toutes
les dimensions des problemes du continent africain.
- En effet, aux problemes urgents a court terme, aux famines,
 elle a repondu d'abord par le Plan de Dublin et ensuite,
 recemment, par le Plan de Relance et de Rehabilitation, qui
 devrait permettre aux pays les plus affectes de repondre plus
 effectivement a de nouvelles secheresses qui pourraient se
 reproduire et a rehabiliter leurs bases agricoles.
- Face aux problemes economiques structurels, elle s'efforce de
 fournir des appuis appropries aux reformes des politiques
 internes de ses partenaires et a leur developpement
 economique et social.  A cet egard, la Convention de Lome III
 constitue l'instrument d'intervention essentiel et la pro-
 grammation, qui est actuellement en cours, souligne la large
 priorite que les partenaires ACP accordent au developpement
 rural et en particulier aux strategies alimentaires.
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(1) COM(86)16 final
       
                             - 2 -
-  Mais le developpement de l'Afrique s'inscrit dans un contexte
  de degradation croissante de ses ressources naturelles, qui
  trouve son expression extreme dans le processus de deserti-
  fication, ce qui rend urgent d'entreprendre une  politique
  systematique de protection et de restauration de l'environ-
  nement ; urgent, puisque le long terme commence aujourd'hui et la
degradation va en s'accelerant.
LES CAUSES
Une des causes majeures en est le desequilibre profond du
developpement : une pression croissante sur les terres cultivables,
parallelement au passage de l'auto-subsistance a l'economie
monetaire, accentuee encore par l'explosion demographique et
aggravee  par la precarite generale des ressources naturelles en
zones  tropicales et les aleas climatiques (secheresses).  Ces
phenomenes  jouent d'une facon differente dans les differents pays
et regions de  l'Afrique.
Les techniques et modes de production n'ont pas pu etre adaptees a
ces changements, d'ou les phenomenes, observables partout, de
degradation des sols, du couvert vegetal qui, s'ils se poursuivent,
risquent de devenir irreversibles.
LE PLAN D'ACTION
Les reponses seront indirectes et directes.
.  Indirectes grace tout d'abord a une amelioration des modes
  de production, preservant l'equilibre ecologique du systeme
  de production ; les orientations en sont precisees pour
  l'agriculture, l'elevage et le domaine forestier.
.  Ensuite par la mise en oeuvre de politiques de population a
  travers la prise en compte de la dimension demographique dans les
  projets et programmes.  Dans cette perspective toute action visant
  au developpement social, et notamment l'acces aux moyens d'infor-
  mation et d'educaiton sanitaire, est a considerer comme le moyen
  privilegie pour permettre l'evolution necessaire des comportements
  face a la reproduction.
  Ces actions indirectes devraient permettre petit a petit de
  reduire les pressions sur les ressources naturelles.
.  Mais des actions directes sur la protection du capital
  naturel devront egalement beneficier d'une priorite
(reboisement, lutte anti-erosive), non seulement comme
  complements a des projets directement productifs mais aussi
  comme objectifs premiers de projets specifiques.
  Toutes ces actions devront pouvoir s'appuyer sur un developpement
de la recherche appliquee sur base de nouvelles orientations
appropriees.
Une approche globale est donc necessaire.  La lutte contre la
desertification ne sera pas le resultat d'actions isolees.  Il
faudra  mettre en oeuvre des "paquets" d'actions attaquant le
probleme sous  divers angles et soigneusement coordonnees entre
elles (action en  grappes : "cluster approach").  La composition de
ces "grappes"  devra, bien sur, etre adaptee aux conditions
particulieres de chaque  zone ou pays.
                                                        ./.
                             - 3 -
La mise en oeuvre de ces actions necessitera des reformes des
politiques internes des pays concernees, et en particulier leur
decentralisation.  Tout d'abord dans le sens d'une
responsabilisation  plus grande des agents du developpement -
groupements de bases,  organisations non-gouvernementales locales -
dans la preparation de  la mise en oeuvre des actions qui les
concernent.  Ce mouvement devra  s'accompagner d'une decentralisation
parallele des pouvoirs  administratifs et financiers de
l'administration, rendant possible ce  mode de developpement partant
de la base.
C'est en fait toute la relation population/administration de base qui
doit etre reorganisee.  Cette reorganisation doit s'accompagner dela
creaction de types et modes de financement appropries, notamment en
vue de remunerer les paysans et s'assurer le fonctionnement ameliore
des services techniques et administratifs.
Les actions de lutte contre la desertification entreprises jusqu'a
present n'ont pas eu d'impact suffisant, du fait de leur dispersion,
de leur insuffisance et du manque de continuite.  Pour renverser le
processus, il faudra que les actions soient suffisamment
significatives et atteignent un seuil minimum ("masse critique") pour
declencher d'une facon permanente le changement voulu.  D'ou la
necessite d'une strategie d'ensemble (approche globale), une
concentration et une coordination des moyens pour assurer des actions
coherentes aussi au niveau regional, ainsi que d'une garantie de la
continuite des engagements sur une longue periode.
Des sequences d'actions realistes devront neanmoins etre organisees,
conciliant la necessite de concevoir les actions en termes de "masse
critique", tout en tenant compte des contraintes dues a
l'insuffisance des moyens financiers et a la multiplicite des
acteurs.  C'est dans cet esprit qu'on peut envisager de donner une
priorite a "l'arbre".
L'Europe, du fait de l'importance de sa cooperation avec l'Afrique, a
une responsabilite particuliere pour la mise en oeuvre de cette
strategie.  C'est pourquoi le Conseil europeen a decide de lui donner
priorite en demandant que les apports proprement communautaires
soient conjugues avec ceux des Etats membres pour former un Plan
europeen ; l'ensemble sera ensuite coordonne avec les apports
d'autres bailleurs de fonds.  De facon generale, pour appuyer
concretement les orientations et priorites definies pour la lutte
contre la degradation des ressources naturelles, l'Europe se doit :- d'augmenter la part de ses interventions allant au developpement
rural et en particulier a l'insentification des productions dans lerespect de l'equilibre ecologique a long terme des systemes de
production paysans ;
- de considerer en priorite l'appui des actions directes et
specifiques sur les ressources naturelles ;
- de donner priorite la ou cela s'impose a l'appui aux politiquesde
population definies par ses partenaires ;
- de s'organiser en consequence au niveau administratif en se donnant
les moyens humains et techniques pour mener efficacement ses actions
en matieres d'environnement.
Au niveau communautaire, la Commission s'efforcera de conjuguer tous
les moyens dont elle dispose : Lome III, aide alimentaire,
cofinancements ONG, protocoles financiers pour la Mediterranee Sud,
lignes budgetaires specifiques.
                                                      ./.
                                - 4 -
  S'agissant de Lome, la programmation en cours integre largement
  le nouvel objectif.  Il faut maintenant traduire les accords de
  principe en actions concretes.  Dans la mise en oeuvre des
  programmes indicatifs et regionaux, il serait souhaitable que la
  Commission fixe avec ses divers partenaires un objectif
  quantitatif determine a consacrer aux actions specifiques de
  lutte contre la desertification.
  Dans la mise en oeuvre des nouveaux protocoles pour la
  Mediterranee Sud, une priorite sera egalement donnee a lalutte
  contre la desertification.
  L'aide alimentaire devra aussi etre mobilisee pour des
  programmes "food for work" ou par l'intermediaire des fonds de
  contrepartie couvrant certains couts locaux d'actions
  specifiques de protection de l'environnement.  Des allocations
  specifiques pourront etre prevues a cette fin.
  Les ONG par leur position et la nature de leurs interventions
  auront un role important a jouer dans ce domaine.
  Enfin, des lignes de credits specifiques continueront d'etre
  utilisees dans le meme but, donnant a la Communaute une margede
  manoeuvre et d'initiative plus grande pour promouvoir un
  objectif que des pays appauvris ont tendance a reporter.
  Pour atteindre la masse critique permettant d'exercer un impact
  significatif sur la lutte contre la desertification, l'aide
  communautaire doit etre renforcee par une coordination efficace
  avec les aides bilaterales des Etats membres.  Cette conjugation
  des efforts requiert de definir des principes communs d'action
  sur base des orientations et priorites definies dans la presente
  communication et de coordonner etroitement sur le terrain.
  C'est ainsi qu'ensemble, Communaute et Etats membres en y
  associant aussi d'autres bailleurs de fonds pourront appuyer de
  facon significative la mise en oeuvre d'une politique de
  protection de l'environnement en Afrique, essentielle a la
  survie a long terme de ce continent.
  La communication que la Commission vient de presenter au Conseil
  vient a temps.  Elle pourrait fournir une base pour la
  discussion avec les Etats membres en vue de la preparation d'une
  position communautaire dans ce domaine dans des conferences
  internationales :
  - la premiere occasion sera la Conference internationale sur
  l'arbre et la foret "SILVA", organisee par le Gouvernement
  francais du 5 au 7 fevrier 1986 a Paris ;
  - la deuxieme sera le Comite de Developpement de la BIRD - FMI
  en avril prochain, ou les problemes de l'Afrique, et en
  particulier son developpement a long terme, seront examines.
  - Ensuite, la Session speciale de l'Assemblee generale des
  Nations-Unies en mai 1986 qui examinera la situation economique
  critique de l'Afrique sous ses differents aspects, y compris le
  long terme.
  En outre, sur base des discussions avec les Etats membres au
  sein du Conseil, certaines decisions pourraient etre prises lors
  du Conseil Developpement du 17 avril 1986.
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