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MEMO/02/261

Bruxelles, le 21 novembre 2002

Réponse de la Commission à la crise humanitaire qui se dessine dans la Corne de l'Afrique

L'objet de la présente note est de donner un aperçu factuel de la réponse de la Commission européenne à la crise qui se dessine dans la Corne de l'Afrique et de présenter une analyse des principales causes de la situation actuelle. Face à la crise humanitaire que l'on sent poindre dans la Corne de l'Afrique, la Commission apporte une aide alimentaire et humanitaire ainsi qu'un soutien aux efforts à plus long terme visant à assurer la sécurité alimentaire. Conjointement avec les États membres de l'UE, la Commission étudie le meilleur moyen d'utiliser l'ensemble des instruments à sa disposition pour apporter une aide opportune et efficace permettant de remédier aux besoins au fur et à mesure de leur apparition. Tout en s'efforçant de répondre aux besoins à court terme et à la crise actuelle en coordination avec les gouvernements, les agences des Nations unies et d'autres donateurs, la Commission continue de chercher une solution au problème plus vaste de la sécurité alimentaire au moyen de ses programmes de développement. Dans cette perspective, elle axe également ses efforts sur la réhabilitation à long terme du secteur agricole et renforce son dialogue stratégique, dans le souci de supprimer les causes de l'insécurité alimentaire dans la région. L'expérience des problèmes de sécurité alimentaire dans le monde acquise par la Commission montre très clairement que le meilleur moyen de parvenir à la sécurité alimentaire est de mettre en œuvre une politique générale de croissance durable et de réduction de la pauvreté. L'aide alimentaire en elle-même ne constitue pas un instrument approprié pour assurer à long terme la sécurité alimentaire. Néanmoins, dans certaines situations, elle demeure indispensable pour les groupes les plus vulnérables de la population.

En Éthiopie, immédiatement après l'appel lancé par le gouvernement, faisant état de besoins alimentaires urgents, la Commission a débloqué, en octobre, un montant total de 23 millions d'euros, soit l'équivalent de 97 000 tonnes, afin de couvrir les besoins alimentaires jusqu'à la fin de 2002. Cette enveloppe comprend:

  • 12 millions d'euros affectés à l'achat direct d'aliments (soit l'équivalent de 57 000 tonnes de céréales aux prix courants). Il est proposé d'utiliser une partie de ce volume (20 000 tonnes) pour la couverture des besoins immédiats et la quantité restante (37 000 tonnes) pour le soutien d'un «dispositif de sécurité» s'adressant aux personnes exposées à l'insécurité alimentaire.

  • 6 millions d'euros, fournis au moyen de partenariats avec des ONG (équivalent de 27 000 tonnes);

  • 5 millions d'euros, apportés par l'intermédiaire du Programme alimentaire mondial (équivalent de 13 000 tonnes).

Cette enveloppe s'ajoute aux 100 000 tonnes déjà fournies plus tôt dans l'année, ce qui porte à 197 000 tonnes le volume total de l'aide alimentaire accordée par la Communauté européenne à l'Éthiopie en 2002.

Parallèlement, la Commission porte une grande attention à la situation que l'on pourrait voir apparaître en 2003, et elle étudie activement la possibilité d'un financement supplémentaire pour y faire face. En plus de la fourniture de l'aide alimentaire précitée et de l'aide humanitaire actuellement accordée, d'un montant de 2,5 millions d'euros, comprenant un soutien destiné à atténuer les conséquences de la sécheresse, un nouveau programme d'aide humanitaire de 4 millions d'euros en faveur des victimes de la sécheresse est actuellement élaboré par l'Office d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO). Ce programme comprend la fourniture d'eau et d'installations sanitaires, le soutien de services de santé et la fourniture d'une alimentation supplémentaire et thérapeutique ciblée sur les personnes qui en ont besoin.

Outre ces mesures de réaction à la crise, des crédits importants sont programmés dans la stratégie de développement quinquennale que poursuit actuellement la Communauté européenne à l'égard de l'Éthiopie, sous la forme d'une enveloppe de 54 millions d'euros en faveur d'actions destinées à améliorer la sécurité alimentaire, qui sera financée par le Fonds européen de développement. Un programme relatif à la sécurité alimentaire (25 millions d'euros), prévoyant un appui budgétaire en faveur de 4 régions souffrant d'insécurité alimentaire (Amhara, Oromiya, SNNPR et Tigray), a également été approuvé en octobre 2002. Tout en prenant des mesures pour remédier à la crise humanitaire observée, la Commission, à l'instar du gouvernement éthiopien, est fermement convaincue que ce n'est qu'en s'attaquant aux problèmes structurels d'insécurité alimentaire que l'on pourra mettre un terme à la récurrence des crises humanitaires.

En Érythrée, les besoins d'aide alimentaire en 2003 ont été évalués à 353 000 tonnes de céréales. Les engagements actuels en matière d'aide alimentaire, dont une dotation communautaire de 7,4 millions d'euros couvrant 13 500 tonnes à livrer au milieu de 2002, sont jugés adéquats pour satisfaire les besoins de l'Érythrée jusqu'en mars 2003. Néanmoins la possibilité de contributions supplémentaires de la CE est examinée sérieusement, afin de garantir la fourniture méthodique et rapide de l'aide alimentaire qui pourrait s'avérer nécessaire ultérieurement. L'aide humanitaire actuellement mise en œuvre en Érythrée (3,47 millions d'euros) concerne principalement des mesures de secours et de réhabilitation après les conflits et comprend un soutien en faveur de la fourniture d'eau ainsi qu'un soutien nutritionnel. ECHO suit de près la situation dans ce pays et répondra en 2003 aux besoins au fur et à mesure de leur apparition.

Au Soudan et en Somalie, l'absence de précipitations semble avoir été moins grave. Les programmes en cours d'aide alimentaire et humanitaire financés par la CE sont opérationnels dans les deux pays. En Somalie, des programmes de sécurité alimentaire ont été mis en place en partenariat avec des ONG et l'Unité d'évaluation de la sécurité alimentaire, financée par la CE, joue un rôle essentiel dans l'évaluation des besoins. Les délégations de la Commission dans ces deux pays suivent attentivement la situation, et les instruments sont en place pour répondre aux besoins dès leur apparition.

Contexte et analyse:

Depuis le mois de juillet, les informations disponibles indiquaient que les précipitations tardives et peu abondantes tombées lors de la «petite» saison des pluies dans certaines parties de l'Éthiopie et de l'Érythrée risquaient d'affecter gravement les récoltes et de provoquer plus tard dans l'année, dans certaines régions, des pénuries alimentaires.

À partir du mois d'octobre, après le retard des pluies lors de la «grande» saison, il est devenu manifeste qu'une crise humanitaire plus grave risquait de se développer, en particulier au premier semestre de 2003 où le déficit alimentaire serait le plus aigu. Que ce soit pour des raisons d'accès ou de disponibilité, ni l'Éthiopie ni l'Érythrée ne sont en mesure de satisfaire entièrement les besoins alimentaires de leur population, même les années de forte pluviosité. Quelque quatre à cinq millions d'Éthiopiens, soit environ 8% de la population totale de 67 millions d'habitants, sont tributaires en permanence de l'aide humanitaire. En Érythrée, le pourcentage des personnes qui connaissent de manière chronique l'insécurité alimentaire est encore plus élevé, la production nationale ne couvrant, pendant une année normale, que 50% des besoins en céréales de la population de 3,5 millions de personnes.

De nombreux facteurs ont aggravé les difficultés rencontrées par ces deux pays pour réagir à la situation actuelle. L'accès aux denrées alimentaires est un problème structurel. En outre, les ménages les plus pauvres ont épuisé leurs ressources lors de la crise alimentaire de 2000, si bien qu'ils se retrouvent fragilisés devant les pénuries actuelles de nourriture et d'eau. L'instabilité régionale a interrompu les échanges transfrontaliers. En Éthiopie, l'effondrement actuel des prix du café a réduit des deux-tiers le revenu de quelque 400 000 foyers, et en Érythrée les surfaces cultivées ont été fortement réduites compte tenu du retard pris par le processus de démobilisation et de la pénurie de main d'œuvre agricole qui en est résulté.

Selon les dernières estimations, le nombre de personnes susceptibles d'avoir besoin d'une aide humanitaire/alimentaire se situe actuellement entre 6,8 et 15 millions pour l'Éthiopie et 2,3 millions pour l'Érythrée. Dans les deux cas, ces chiffres englobent les populations en situation chronique d'insécurité alimentaire.

Les estimations les plus récentes concernant les besoins d'aide alimentaire pour l'Éthiopie en 2003 varient entre 1,34 et 2 millions de tonnes de céréales (scénarios médian et pessimiste). De nouvelles estimations sont cependant attendues en décembre, et pour l'heure, la CE prépare des mesures sur la base du scénario médian (10 millions de bénéficiaires, 1,34 million de tonnes de céréales), qui semble le plus réaliste compte tenu des dernières informations sur les précipitations. S'agissant de l'Érythrée, 353 000 tonnes de céréales devraient être nécessaires.


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