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  "Une seule monnaie, voire une structure solide et stable pour
  plusieurs monnaies, c'est plus de transparence et d'efficacité des
  marchés, c'est aussi la fin des frais inutiles liés aux transactions
  commerciales à l'intérieur de la Communauté. Voilà qui est
  particulièrement important pour les petites entreprises qui ne peuvent
  pas s'offrir des techniques de compensation élaborées, ni acheter des
  devises sur les marchés à terme quand elles savent qu'une fluctuation
  monétaire négative de 10 ou 15 % sur une courte période  - ce qui
  n'est pas un phénomène purement hypothétique - peut transformer une
  marge bénéficiaire respectable en une perte intolérable. Or, dans
  leurs affaires et leurs loisirs quotidiens, les citoyens ont souvent
  besoin de quantités très modestes de devises qu'ils ne peuvent acheter
  que moyennant des frais considérables et quelques inconvénients
  personnels.
  Deuxièmement, plus la monnaie est unifiée dans un ensemble économique,
  moins la tentation existe de prendre des raccourcis impossibles pour
  obtenir un succès économique. L'expérience a montré que le recours à
  la dévaluation comme moyen de relance économique s'était révélé
  destructeur au cours des vingt dernières années. Un engagement résolu
  en faveur d'une structure stable des taux de change élimine une fois
  pour toutes la tentation séduisante, mais finalement ruineuse, à
  orienter les échanges vers la quête d'un avantage concurrentiel à
  court terme qui n'est qu'apparent. Il évite en outre de tomber dans la
  spirale des dévaluations rétroactives qui s'accompagnent chez les
  partenaires commerciaux d'une tendance à procéder, les uns contre les
  autres, à des manipulations des valeurs monétaires.
  Troisièmement, le renforcement de la cohésion monétaire, parce qu'elle
  s'inscrit dans le cadre  de la Communauté européenne, nous donne une
  beaucoup plus grande influence sur les marchés financiers mondiaux. Le
  yen et le dollar sont tous deux distincts du deutschemark, de la livre
  sterling et des autres monnaies européennes, non seulement parce que
  leurs marchés sont plus étendus et plus actifs, mais aussi par le fait
  qu'ils représentent des zones économiques unifiées.
  Ce n'est pas simplement une question de prestige. La Communauté est
  plus ouverte au commerce international que les Etats-Unis ou le Japon.
  Elle représente à l'heure actuelle un cinquième des échanges mondiaux
  et elle est le plus grand exportateur du monde. La part des
  exportations par rapport au PNB est deux fois supérieure dans la
  Communauté à ce qu'elle est aux Etats-Unis. Notre vie, nous la gagnons
  sur les marchés mondiaux, ce qui signifie que nous avons besoin
  d'exercer sur ceux-ci la plus grande influence possible en parlant
  d'une seule voix, la voix de l'Europe.
  Nous devons faire face en ce moment à deux défis considérables lancés
  à notre stabilité financière globale. L'un est la nécessité de trouver
  une stratégie cohérente face au problème complexe de la dette du tiers
  monde. L'autre est la persistance du déficit de la balance des
  paiements américaine et son incidence sur la valeur du dollar. Il
  n'est ni bon ni prudent pour l'Europe de rester sur la touche, en
  dépit de notre puissance économique collective, sous prétexte que
  notre désunion financière persiste; car il y aura un prix à payer, à
  savoir que nos intérêts et ceux d'un système d'échanges ouvert sera
  moins bien défendu.
  Mais surtout il est clair que la stabilité monétaire présente de réels
  avantages pour le monde des affaires et pour les particuliers; les
  inconvénients sérieux étant réservés uniquement aux gouvernements qui
  souhaitent manipuler la monnaie ou en abuser.
  Il ne fait pas de doute que les mécanismes du système monétaire
  européen ont apporté aux pays qui en sont membres à part entière une
  stabilité plus grande des prix et une stabilité certaine des taux de
  change. Ces résultats ne relèvent pas de la magie. Il a fallu un
  engagement réel et croissant de la part des Etats membres participant
  au SME pour qu'ils adoptent les mesures de convergence nécessaires de
  leur politique économique et monétaire afin que le mécanisme des taux
  de change fonctionne avec rigueur. A l'intérieur de ce système, le
  rôle central du deutschemark est parvenu à faire baisser au même
  niveau la tendance inflationniste. Cette évolution est un facteur tout
  à fait positif pour les pays intéressés en particulier, ainsi que pour
  la cohésion de la Communauté en général. Ce n'est pas un hasard si au
  cours des quinze dernières années les échanges intracommunautaires ont
  progressé deux fois plus vite que les échanges avec le reste du monde.
  La zone de stabilité monétaire qu'a apportée le SME à la Communauté a
  joué comme un complément et un encouragement de nos efforts renouvelés
  pour achever le marché intérieur des biens et des services.
  Depuis quelques années, je suis parvenu à la conviction que la
  prochaine étape sera maintenant la participation à part entière de la
  livre sterling au SME. Entrer dans le SME n'apporte pas simplement des
  avantages de stabilité des prix à moyen terme et des facilités
  d'échanges plus grandes que ce que je viens de décrire. Cela apportera
  aussi un avantage direct et immédiat au Royaume-Uni en lui offrant le
  moyen le moins coûteux de ramener l'inflation de 7 à 8 % actuellement
  à moins de la moitié, c'est-à-dire 2 à 3 %, taux actuellement atteint
  dans les Etats membres qui font partie du SME à part entière.
  L'entrée de la livre sterling dans le SME nécessitera donc le
  développement et le renforcement de la structure du SME. Ensuite, il
  faudra une période au cours de laquelle les marchés envisageront un
  nouveau système qui devra fonctionner plus efficacement. Ce n'est qu'à
  l'issue de cette période qu'il conviendra d'envisager de développer
  davantage le dispositif institutionnel.
  Toutefois, pour être efficace, il suffirait qu'un SME élargi subisse
  deux évolutions modestes. La première et la plus importante
  consisterait à développer une structure de coopération plus formelle
  entre les banques centrales, de manière que les objectifs monétaires
  compatibles entre eux soient acceptés puis mis en oeuvre. Cela se
  pratique déjà largement entre les banques centrales qui participent au
  mécanisme. Officialiser ces liens tout en augmentant le nombre des
  monnaies du SME serait le signe le plus évident pour les marchés que
  les parités monétaires convenues au sein du SME seraient maintenues
  avec même une plus grande efficacité.
  Des modifications de taux d'intérêt nationaux seraient demandées à
  l'occasion pour maintenir ces parités convenues. Or, le Royaume-Uni
  n'a souffert d'une absence de modifications des taux d'intérêt mais
  elle n'a pas eu les avantages de la stabilité des taux de change
  qu'apporte la participation au SME. Quant aux fluctuations des taux
  d'intérêt dans les pays qui participent au SME, elles montrent qu'une
  plus grande stabilité monétaire est possible sans augmentation de
  l'instabilité des taux d'intérêt.
  En outre, les différences de taux d'intérêt réels sont considérables
  en ce moment entre le Royaume-Uni et les autres Etats membres qui font
  partie du SME à cause notamment de la réapparition, ces derniers
  temps, des pressions inflationnistes dans l'économie britannique. Ce
  handicap des taux d'intérêt qui impose actuellement un coût
  supplémentaire aux entreprises qui empruntent de l'argent au Royaume-
  Uni, par rapport à leurs concurrents allemands par exemple, se
  trouverait réduit si l'entrée de la livre sterling dans le système
  comme partenaire à part entière était perçue comme devant être
  permanente.
  Pour empêcher que le choc extérieur ne déstabilise le système
  inutilement, il faudrait renforcer l'engagement conjoint des Etats
  membres du SME à avoir recours aux sommes importantes qui sont
  maintenant disponibles pour intervenir sur le marché des changes. Si
  l'on précisait bien que la pondération coordonnée des réserves des
  Etats membres pourrait, si nécessaire, être utilisée pour stabiliser
  le système, la nécessité d'y recourir apparaîtrait, paradoxalement,
  moins forte. Là encore, les accords actuels sur l'étendue du champ
  d'intervention conjoint et sur les monnaies à utiliser devraient être
  officialisés de manière qu'une distinction nette soit faite entre les
  pressions spéculatives essentiellement temporaires, susceptibles de
  s'inverser avec le temps, et celles qui traduisent une divergence
  profonde demandant à être corrigée par de nouvelles mesures.
  Conclusion
  En conclusion, je souhaite souligner l'optimisme de mon message et
  ajouter une note d'avertissement.
  Les marchés financiers traversent actuellement une période
  passionnante. Je pense que les gouvernements ont opéré une conversion
  irréversible, non seulement en Europe, mais de plus en plus aussi dans
  le monde dans le sens d'une prise de conscience du fait que
  l'utilisation des forces du marché débouche sur une prospérité accrue
  et sur une interdépendance économique plus étroite. La City de Londres
  présente dans le monde entier sur le marché des produits de base et
  des monnaies, sa tradition d'ouverture à l'innovation et l'importance
  toujours actuelle de la livre sterling comme monnaie utilisée dans les
  échanges commerciaux ont une contribution considérable à apporter à ce
  processus qui, à son tour, se traduira par des avantages plus grands
  encore.
  Dans la Communauté, la progression vers une économie européenne
  symbolisée par le programme de 1992 s'accompagne de la part de ceux
  qui y participent le plus étroitement, à savoir les producteurs et les
  commerçants, d'une demande accrue de structure des taux de change plus
  stricte et plus stable. Sans la participation de la livre sterling,
  cette structure sera malheureusement incomplète; mais le processus ne
  sera pas stoppé pour autant. Quant à l'avenir de la City de Londres
  comme centre financier incontesté de la zone européenne, il ne sera
  assuré que si le Royaume-Uni joue maintenant pleinement son rôle en
  développant la stabilité monétaire de l'Europe et en la considérant
  comme un facteur de progrès vers un système d'échanges internationaux
  ouvert et stable. Si nous ne le faisons pas, d'autres chercheront à le
  faire à notre place."

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