IP/08/1846
Bruxelles, le 1er décembre 2008
Fraude à la TVA: la Commission
européenne présente un plan d'action pour améliorer la lutte
contre la fraude à la TVA
La Commission européenne a adopté
aujourd'hui une communication présentant un plan d'action à court
terme qui contient une liste de futures mesures législatives visant à
renforcer la capacité des administrations fiscales d’empêcher ou
de détecter la fraude à la TVA (en particulier la fraude dite «de
type carrousel») et de recouvrer les taxes. En outre, elle a adopté
deux mesures modifiant la directive TVA. La première vise à
empêcher l'utilisation frauduleuse de l'exonération de la TVA à
l'importation et la seconde à donner aux États membres la
possibilité de rendre le fournisseur de biens responsable de la perte des
recettes de TVA causée par son client défaillant dans un autre
État membre lorsque lui-même n'a pas déclaré sa livraison
à l'administration de la TVA.
M. László Kovács, membre de la Commission chargé de la
fiscalité et de l'union douanière, a déclaré à ce
propos: «Mon objectif est de lutter efficacement contre la fraude à la
TVA, sans faire peser de charge administrative inutile sur le commerce
légitime. Chacune des mesures devrait apporter une valeur ajoutée,
mais seule leur mise en œuvre combinée fournira aux administrations
fiscales un cadre adapté pour lutter contre la fraude à la TVA. Le
succès de notre stratégie dépendra en fin de compte de ce que le
Conseil adoptera. J'exhorte donc les États membres à prendre leurs
responsabilités en adoptant ces mesures dès que possible.»
Une fraude de type carrousel se produit lorsqu'un assujetti qui a
réalisé une acquisition intracommunautaire de biens sur laquelle la
TVA n'a pas été prélevée effectue ultérieurement une
livraison intérieure de ces biens sur laquelle il perçoit la TVA,
avant de disparaître sans avoir reversé la taxe au Trésor.
Les mesures que la Commission entend proposer
La communication fixe une approche globale destinée à renforcer les
outils dont les administrations fiscales disposent pour lutter contre la fraude
à la TVA à différents stades du processus. Le plan d'action
propose l'introduction de mesures destinées à:
- empêcher les fraudeurs potentiels d’utiliser le système de
TVA à des fins illicites: approche commune applicable à
l’enregistrement et à la radiation des assujettis à la TVA dans
l'UE; confirmation en ligne permettant aux opérateurs de vérifier la
validité du numéro d'identification TVA de leur client;
simplification, modernisation et harmonisation des règles de facturation
actuelles;
- renforcer les instruments de détection des fraudes à la TVA, en
particulier grâce à la création d’un réseau
européen, appelé Eurofisc, destiné à améliorer la
coopération opérationnelle entre les États membres;
- améliorer les possibilités permettant aux administrations fiscales
de recouvrer les recettes de TVA perdues dans des opérations
transfrontalières (y compris, amélioration de l'assistance mutuelle
entre administrations fiscales pour le recouvrement des taxes, introduction
d'une responsabilité partagée en matière de protection de toutes
les recettes de TVA, quel que soit l'État membre auquel ces recettes sont
dues).
Les deux mesures adoptées aujourd'hui
La Commission a également adopté une proposition visant à
modifier la directive TVA dans deux domaines spécifiques:
- L'importation de biens est exonérée de la TVA lorsqu'elle est
suivie d'une livraison ou d'un transfert de ces biens à un opérateur
d'un autre État membre. L’inadéquation des modalités de
mise en œuvre de cette exonération dans les législations
nationales rend difficile le suivi de la circulation physique des biens
importés. Il apparaît que cette exonération spécifique est
de plus en plus fréquemment utilisée dans des fraudes de type
carrousel. La Commission propose dès lors de durcir les conditions
auxquelles l'importateur doit satisfaire pour pouvoir bénéficier de
l'exonération: au moment de l'importation, il devra fournir à
l'État membre d'importation son numéro d'identification TVA ainsi que
celui de son client et devra prouver que les biens importés seront
transportés vers un autre État membre.
- Les inspecteurs chargés de la lutte antifraude ont observé que
certains opérateurs effectuant des livraisons intracommunautaires omettent
intentionnellement de déclarer leur livraison aux autorités fiscales
(ou déclarent des données incomplètes/erronées ou ne
transmettent pas ces déclarations dans les délais impartis). Par
conséquent, l'État membre de destination n'est pas informé que
des biens sont arrivés sur son territoire, ce qui empêche la
détection des pertes éventuelles de recettes de TVA. La Commission
propose donc que le fournisseur effectuant des opérations
intracommunautaires soit tenu responsable de la perte de recettes de TVA
causée par son client défaillant dans un autre État membre
lorsque le fournisseur a contribué à cette perte en ne déclarant
pas sa livraison à l'administration de la TVA (ou en déclarant des
données incomplètes/erronées ou en ne transmettant pas ces
déclarations dans les délais impartis). Cette proposition offrira aux
administrations fiscales un instrument leur permettant de recouvrer la TVA
auprès d'opérateurs non établis. Afin de respecter le principe de
proportionnalité, cette mesure ne prévoit la responsabilité du
fournisseur que si l’acquéreur ne transmet pas de déclaration de
TVA relative à l’acquisition concernée à son administration
fiscale. En outre, il est prévu que le fournisseur puisse réfuter la
présomption de responsabilité en justifiant dûment ses
manquements auprès de l'autorité fiscale
compétente.
Contexte
En mai 2006, la Commission a présenté une communication visant
à susciter un débat sur la nécessité d'une stratégie
coordonnée pour lutter contre la fraude fiscale dans le marché
intérieur. Cette communication a donné lieu à deux années de
discussions intenses et fructueuses sur la manière de mieux aborder ce
problème, dans les différentes institutions européennes et entre
les États membres, les représentants des entreprises et les experts en
TVA.
La
Commission a décidé de concentrer ses efforts sur le renforcement de
la capacité administrative des administrations fiscales nationales à
lutter contre la fraude à la TVA.
En guise de
première étape, la Commission a adopté en mars 2008 une
proposition législative en vue de garantir que les administrations fiscales
obtiennent bien plus rapidement qu'aujourd'hui (2 mois au lieu d'un
délai allant jusqu'à 6 mois) des informations concernant les
transactions intracommunautaires (IP/08/454).
Le Conseil devrait adopter cette proposition avant la fin de cette
année.
Pour en savoir plus sur la communication et la proposition:
http://ec.europa.eu/taxation_customs/index_fr.htm
http://ec.europa.eu/taxation_customs/taxation/vat/control_anti-fraud/reports/index_fr.htm