IP/07/1567
Bruxelles, le 22 octobre 2007
(voir également MEMO/07/420)
Mme Neelie Kroes, membre de la Commission chargée de la concurrence, s’est exprimée en ces termes: «Je salue le fait que Microsoft ait enfin pris des mesures concrètes en vue de garantir le strict respect de la décision de 2004, même s’il est regrettable qu’elle ne s’y soit conformée qu’avec un retard considérable, après deux décisions de justice et l’imposition d’astreintes journalières. Cependant, les mesures demandées avec instance par la Commission bénéficieront aux utilisateurs d’ordinateurs en rétablissant la concurrence et l’innovation sur le marché des serveurs. La Commission demeurera vigilante pour que Microsoft continue à respecter ses obligations d’exécution et n’adopte pas d’autres comportements anticoncurrentiels. J’ai toujours dit que les concepteurs de logiciels libres devaient pouvoir tirer profit de ces mesures correctives: tel est désormais le cas».
Microsoft possède une part de marché de 95% sur le marché des systèmes d’exploitation pour PC et de plus de 70% sur celui des systèmes d’exploitation pour serveurs de groupe de travail. Les produits destinés aux serveurs de groupe de travail issus du monde du logiciel libre constituent pour ainsi dire la seule solution de rechange pour les utilisateurs et, partant, la principale contrainte concurrentielle restante pour Microsoft. Une concurrence plus importante sur ce marché offrirait aux consommateurs des produits plus novateurs, disposant de fonctionnalités améliorées et à de meilleurs prix. C’est pourquoi il est essentiel pour l’efficacité de la décision de 2004 que Microsoft s’y conforme également en mettant les informations sur l’interopérabilité à la disposition des concepteurs de logiciels libres.
Microsoft propose deux accords de licence distincts aux sociétés qui souhaitent obtenir des informations sur l’interopérabilité comme prévu par les mesures correctives de la décision de 2004. Le premier est un «No Patent Agreement» permettant aux titulaires de licences d’accéder aux informations sur l’interopérabilité, mais sans prendre de licence pour les brevets dont Microsoft revendique la nécessité, revendication que contestent certains tiers. Microsoft a apporté trois changements à cette licence:
La seconde licence (le «Patent Agreement») est destinée aux brevets jugés pertinents par Microsoft, qui proposera désormais une licence de brevet mondiale contre une redevance réduite s’élevant à 0,4% des revenus générés par les produits des titulaires de licences.
Les sociétés restent donc libres de choisir l’accord qui leur convient selon qu’elles considèrent qu’elles ont besoin ou non d’une licence de brevet.
Microsoft avait dans un premier temps exigé une redevance à hauteur de 5,95% des revenus, couvrant à la fois l’accès aux informations secrètes sur l’interopérabilité et une licence de brevet, tout en refusant de rendre la licence compatible avec le modèle commercial libre.
Dans une communication des griefs du 1er mars 2007, la Commission a menacé Microsoft d’astreintes en raison de ses prix excessifs (IP/07/269). Elle a également déclaré qu’elle veillerait à ce que les concepteurs de logiciels libres puissent avoir accès aux éléments de nature non novatrice des informations sur l’interopérabilité (IP/05/673).
Outre ces deux licences, Microsoft publiera un engagement irrévocable à ne pas faire valoir de brevets dont elle pourrait disposer sur les informations relatives à l’interopérabilité contre des projets de conception de logiciels libres non commerciaux.
Ces mesures permettront aux concurrents de Microsoft sur le marché des serveurs de groupe de travail, y compris ceux qui respectent le modèle commercial libre, d’accéder aux informations sur l’interopérabilité à des conditions raisonnables, ce qui conduira à un niveau accru de concurrence et d’innovation sur ce marché.
À l’heure actuelle, les informations sur l’interopérabilité semblent être pratiquement complètes. Les titulaires de licences peuvent soulever des questions supplémentaires et Microsoft est tenue de mettre les informations à jour à chaque évolution de ses produits. Tant la Commission que les titulaires de licences auront les moyens de veiller à ce que Microsoft tienne les informations sur l’interopérabilité à jour.
Contexte
Les systèmes d’exploitation pour serveurs de groupe de travail tournent sur des réseaux informatiques centraux qui fournissent, dans le monde entier, des services aux personnels de bureau dans leur travail quotidien, comme le partage de fichiers ou d’imprimantes, ou encore la gestion de la sécurité et de l’identité des utilisateurs. La décision de la Commission a imposé à Microsoft de divulguer à ses concurrents les informations sur l’interopérabilité permettant aux serveurs de groupe de travail conçus par d’autres éditeurs que Microsoft d’être pleinement interopérables avec des PC et serveurs tournant sous Windows, c'est-à-dire de pouvoir «communiquer» harmonieusement avec l’omniprésent système d’exploitation Windows.
Dans la décision de 2004, Microsoft s’était vu infliger une amende de 497 millions d’euros pour avoir enfreint les règles du traité CE sur l’abus de position dominante (article 82) en abusant de son quasi-monopole sur le marché des systèmes d’exploitation pour PC afin de restreindre la concurrence sur le marché des systèmes d’exploitation pour serveurs de groupe de travail (voir IP/04/382 et MEMO/04/70). Pour mettre fin à ce comportement abusif, la Commission a imposé à Microsoft de divulguer, à des conditions raisonnables et non discriminatoires, les informations sur l’interopérabilité permettant aux serveurs de groupe de travail conçus par d’autres éditeurs que Microsoft d’être pleinement interopérables avec des PC et serveurs tournant sous Windows. La décision de 2004 a été récemment confirmée par le Tribunal de première instance (voir CJE/07/63 et MEMO/07/359).
Le modèle
(commercial) libre se fonde sur la liberté, pour chaque détenteur
d’un programme informatique, de le copier, le modifier et le redistribuer.
Les revenus proviennent des services offerts avec les logiciels. Les
éditeurs de logiciels libres sont les principaux concurrents de Microsoft
sur le marché des systèmes d’exploitation pour serveurs de
groupe de travail.
Voir également
http://ec.europa.eu/comm/competition/antitrust/cases/microsoft/
pour une chronologie complète de l’affaire.