IP/00/300
Bruxelles, le 28 mars 2000
La Commission et l'Estonie signent une évaluation conjointe des priorités de politique économique à moyen terme de ce pays
M. Siim Kallas, ministre des finances de l'Estonie, et M. Pedro Solbes, membre de la Commission chargé des affaires économiques et monétaires, ont signé aujourd'hui une "évaluation conjointe des priorités de politique économique à moyen terme de la République d'Estonie" pour la période allant jusqu'à 2003, dans le cadre du processus de "Partenariat pour l'adhésion".
Les autorités estoniennes ont préparé, avec la direction générale des Affaires économiques et financières de la Commission européenne, une évaluation conjointe des priorités à moyen terme pour la politique économique de l'Estonie. Il s'agissait là de l'une des actions à court terme jugées prioritaires dans le Partenariat pour l'adhésion. Ce document présente un ensemble de politiques économiques à moyen terme nécessaires pour promouvoir la transformation économique de l'Estonie et préparer son adhésion à l'Union européenne. Il contient également un scénario macroéconomique pour la période allant jusqu'à 2003. Ces politiques devraient aider à consolider la transformation économique tout en créant un environnement propice à une croissance robuste et viable de l'activité économique, une réduction du chômage et une amélioration du niveau de vie de la population.
M. Pedro Solbes Mira a reconnu que "l'évaluation conjointe constituait un ambitieux programme de réforme", soulignant que "la mise en oeuvre des politiques économiques énoncées dans ce document était essentielle pour parvenir à une croissance économique forte et durable et remplir les critères économiques permettant d'adhérer à l'Union européenne". MM. Kallas et Solbes ont convenu d'évaluer régulièrement, dans le cadre de l'Accord européen, les progrès accomplis dans la mise en oeuvre de ces politiques et dans la réalisation des objectifs fixés dans l'évaluation conjointe.
Le cadre de l'exercice
L'évaluation conjointe est un document commun du gouvernement estonien et de la Commission européenne. Elle répond à l'une des priorités à court terme du Partenariat pour l'adhésion et vient compléter d'autres documents, notamment le Programme national de l'Estonie pour l'adoption de l'acquis, davantage centré sur le l'harmonisation juridique et institutionnelle, et le Plan national de développement de l'Estonie, qui porte sur les questions de développement régional.
L'évaluation conjointe se fonde sur le "plan de développement économique à moyen terme", axé sur la politique macroéconomique, que le gouvernement estonien a adopté en octobre dernier, et elle est compatible avec d'autres stratégies sectorielles récemment approuvées ainsi qu'avec l'accord de confirmation "de précaution" auquel le FMI a donné son aval au début du mois de mars. Les mesures structurelles étant analysées de façon détaillée dans ces autres documents, les stratégies à moyen terme qui s'y rapportent ne sont examinées dans l'évaluation conjointe que dans la mesure où l'on considère qu'elles ont un impact direct et décisif sur le plan macroéconomique.
La Commission a déjà signé des évaluations conjointes semblables avec les gouvernements hongrois (juin 1997), slovène (novembre 1998), letton (février 1999), bulgare (juin 1999), tchèque (novembre 1999 - IP/99/824), polonais (février 2000 - IP/00/140) et slovaque (février 2000 - IP/00/198). Au cours du premier semestre de cette année, la Commission a l'intention de signer un document analogue avec le gouvernement lituanien, ainsi qu'une évaluation actualisée avec le gouvernement hongrois.
Priorités de politique économique
Après une période de croissance rapide en 1996-997, la rudesse des chocs extérieurs de ces dernières années (notamment la crise russe, qui a entraîné une forte contraction de l'activité économique et la dégradation de plusieurs indicateurs macroéconomiques) a montré que le processus de transformation n'était pas encore achevé et conduit à s'interroger sur la viabilité du cadre macroéconomique en vigueur. À cet égard, le problème le plus grave est l'existence d'un fort déficit de la balance courante - attribuable en partie au faible niveau de l'épargne intérieure - qu'il faut nécessairement continuer de financer de manière saine et viable. Étant donné que l'Estonie s'est dotée d'un régime de caisse d'émission, dans le cadre duquel le seul instrument direct de politique macroéconomique qui subsiste est la politique budgétaire, les lacunes qui sont apparues récemment dans ce domaine sont préoccupantes. Le gouvernement n'ayant pas su réagir à temps au changement de l'environnement économique en 1998-1999, des déficits budgétaires se sont fait jour. Par ailleurs, il est vital de corriger les déséquilibres du marché du travail, car le manque de ressources humaines qualifiées risque de peser sur la croissance à venir, et le chômage, qui s'est fortement accru durant cette période, reste intolérablement élevé dans bon nombre de régions.
Dans l'immédiat, la priorité est de réduire le déficit budgétaire et d'accélérer les réformes structurelles, ce qui facilitera le rédémarrage d'une croissance saine et durable. Une politique budgétaire restrictive sera absolument essentielle pour enrayer la progression du déficit extérieur courant et le maintenir à un niveau supportable. À cet effet, le gouvernement a pris des mesures correctives en 1999 et a adopté pour 2000 un budget marqué du sceau de la rigueur, qui devrait entraîner une réduction très sensible du déficit (de 4,7% du PIB à 1,3% environ).
Les autorités estoniennes procèdent actuellement à des réformes structurelles et institutionnelles plus fondamentales qui doivent permettre à moyen terme le redémarrage d'une croissance saine et durable. Ces réformes consistent en priorité à restructurer et à privatiser les entreprises publiques, en particulier la société de production d'électricité, à refondre les systèmes de retraite et de santé publique, à améliorer la gestion des ressources publiques et à réduire les déséquilibres structurels sur le marché du travail.
L'Estonie continuera d'appliquer les principes de politique économique qu'elle suit depuis le début de la transition. Elle maintiendra un régime des échanges libéral et la libre circulation des capitaux, et conservera en outre le dispositif monétaire actuel, c'est-à-dire le régime de caisse d'émission et le rattachement de sa monnaie au mark allemand (et donc à l'euro). Enfin, elle restera prudente dans sa politique budgétaire, se fixant pour objectif de ramener les finances des administrations publiques à un niveau proche de l'équilibre à moyen terme, et maintenant la dette publique à son faible niveau actuel.
Le scénario macroéconomique
Le scénario macroéconomique décrit les résultats macroéconomiques que pourrait produire la mise en oeuvre intégrale du programme de réforme examiné dans l'évaluation conjointe au cours de la période 1999-2003. Il ne faut donc pas le considérer comme des prévisions, mais comme un scénario. Contrairement aux prévisions, ce scénario ne dit rien de la capacité du gouvernement de mettre en oeuvre les réformes: il se fonde sur leur réalisation intégrale et dans les délais prévus.
La croissance économique résultera principalement du développement des exportations. La flexibilité de l'économie estonienne, conjuguée au niveau élevé des taux d'investissement et à l'accès aux financements extérieurs, devrait stimuler la convergence réelle ainsi que l'intégration économique de ce pays dans l'Union européenne. La croissance économique et le redressement de la demande intérieure entraîneront un léger accroissement du déficit de la balance courante par rapport à son niveau de 2000. Cependant, grâce à la prudence de la politique budgétaire mise en oeuvre, au renforcement de l'épargne privée et à la progression rapide des exportations, ce déficit se maintiendra à un niveau soutenable à moyen terme. Une telle évolution est compatible avec la stabilisation de la dette extérieure. Le processus d'ajustement des prix se poursuivra durant la période considérée, d'où il résulte que l'inflation en Estonie demeurera aux alentours de 3,5%-4,5%, soit un niveau supérieur à celui de la zone euro. Une augmentation des salaires réels d'environ 4% est attendue à moyen terme, conformément à la croissance de la productivité. Enfin, la croissance se faisant plus vive, on s'attend à un recul du chômage.
À moyen terme, les capitaux étrangers, et notamment les investissements directs (IED), devraient continuer d'affluer, attirés par le maintien de politiques macroéconomiques axées sur la stabilité et un environnement propice aux affaires. Les flux d'IED sont d'une importance capitale pour la réalisation des changements structurels, l'accroissement de la compétitivité des entreprises et le développement des exportations sur les marchés européens. En outre, les réformes structurelles faciliteront et consolideront le fonctionnement des mécanismes de marché, amélioreront la répartition des ressources et renforceront sensiblement la confiance du secteur privé. L'objectif est de parvenir à moyen terme à un taux de croissance économique viable de 5%.
Bien entendu, l'évolution macroéconomique de l'Estonie à moyen terme est soumise à nombre d'aléas, surtout s'agissant d'une petite économie ouverte, donc plus vulnérable face aux chocs extérieurs. Sur le plan intérieur, les principaux risques sont celui d'un retard du processus de restructuration économique, de la lenteur de l'ajustement budgétaire ou encore de la souplesse insuffisante du marché du travail. Chacun de ces facteurs, s'il persistait, pourrait saper la confiance des investisseurs et ralentir le processus de convergence avec l'économie de l'Union.
Le texte intégral de l'évaluation conjointe peut être obtenu auprès de Gerassimos Thomas (299.34.42), Service de presse et de communication, BREY 6/92.
Il sera également disponible prochainement sur l'internet, à l'adresse suivante:
http://ec.europa.eu/economy_finance/document/eesuppc/joint_assessments/index.htm